Ces athlètes font interdire les gros plans "discutables" aux Championnats du monde

La sprinteuse allemande Gina Lückenkemper.
La sprinteuse allemande Gina Lückenkemper.
Dans le milieu du sport, le sexisme ordinaire, loin d'être à bout de souffle, s'introduit partout, même là où on ne l'attend pas. Mais les sportives luttent pour le renverser. Exemple avec ces plaintes déposées par des sprinteuses allemandes aux Championnats du monde d'athlétisme 2019.
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"Très discutables". C'est ce doux euphémisme qu'a employé la sprinteuse allemande Gina Lückenkemper pour désigner les gros plans dont abusent les nouvelles caméras posées à l'occasion des championnats du monde d'athlétisme de l'IAAF, qui se déroulent au Khalifa International Stadium de Doha, au Qatar, depuis le 27 septembre dernier (et jusqu'au 6 octobre prochain). Et pour cause, puisque ces objectifs captent avec force zooms les sportives accroupies sur la ligne de départ. Un procédé qu'elle et sa consoeur germanique, l'athlète Tatjana Pinto, jugent tout à fait abusif.

Loin du simple gadget, cette caméra a un nom : la Block Cam. Comme le précise la BBC, la "Block" est une innovation technologique destinée à saisir au mieux les exploits sportifs. Ce que reprochent avant tout Gina Lückenkemper et Tatjana Pinto, c'est de ne jamais avoir été prévenues de leur installation et de leurs axes plutôt... "particuliers". Difficile de leur jeter la pierre.

"C'est très désagréable"

La sprinteuse allemande Gina Lückenkemper.
La sprinteuse allemande Gina Lückenkemper.

Plus que discutable, Lückenkemper trouve même cela "très désagréable". Et c'est pour cela que la sportive a directement porté plainte auprès de l'Association internationale des fédérations d'athlétisme. Ces caméras un peu trop proches, aux plans trop "intimes", sont loin d'être considérées ainsi par l'Association internationale des fédérations d'athlétisme. Cette dernière y voit avant tout une "technologie de pointe" dont les angles ne seraient pas intrusifs mais "novateurs", à même de garantir l'immersion du public au sein de l'événement. Pour son directeur de diffusion James Lord, ces nouvelles caméras miniatures, positionnées par deux à chacune des lignes de départ où les sprinteuses se positionnent (et s'accroupissent), servent avant tout à "capter ce moment intense qui précède la course". Rien de libidineux là-dedans, selon lui.

Mais là n'est pas l'avis de la championne de natation synchronisée allemande Amelie Ebert. La jeune femme de 25 ans déplore que, de ses nombreux exploits, la "Block Camera" n'ait retenu que quelques gros plans d'elle et son équipe "faisant le grand écart". Et là encore, bémol : elle n'a pas été consultée au sujet de ces images un chouia trop voyeuristes à ses yeux. Elle se demande d'ailleurs pourquoi les athlètes féminines "n'ont jamais le droit de savoir quelles images vont être utilisées". Sans surprise, Amelie Ebert n'a donc pas hésité à soutenir la plainte de Gina Lückenkemper et Tatjana Pinto.

Un compromis a ainsi été trouvé ce dimanche 29 septembre : les gros plans diffusés sur grand écran ne montreront que les athlètes positionnées dans leurs starting-blocks avant le départ. Et les vidéos seront effacées quotidiennement.

Ces plaintes ne sont pas anodines. Il traduit le ras-le-bol général des sportives face à un regard masculin prédominant. A travers celui-ci s'exprime une injonction de l'athlète à être "sexy". Et cela s'envisage, entre autres choses, par la manière dont les caméras scrutent leurs mouvements et leurs corps. Comme le rappelle Slate, ces fantasmes "mâles" perdurent, des affiches de promotion érigeant les athlètes de haut niveau en "objets de désir" aux campagnes de communication sexualisant autant que faire se peut les sportives - en dépit de leurs performances. Une culture de l'image sexiste qu'il est malheureusement bien difficile de coiffer au poteau, même à grands coups de sprint.