Muslim Ban : le décret a failli séparer ces deux soeurs et leur mère pour toujours

Muslim Ban : le décret de Donald Trump déchire des familles
Muslim Ban : le décret de Donald Trump déchire des familles
Le décret signé vendredi 27 janvier par Donald Trump interdisant temporairement les ressortissants de sept pays musulmans d'entrer sur le territoire américain a déjà fait ses premières victimes : des étrangers vivant légalement aux États-Unis se sont vus interdits de rentrer chez eux.
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Un décret "cruel", "ridicule", "dénué de toute logique", "dangereux et fanatique". Rarement la presse américaine n'aura été aussi unanime pour qualifier la mesure d'un président en exercice. Vendredi 27 janvier, Donald Trump a signé un décret hautement polémique interdisant temporairement aux ressortissants de sept pays musulmans (Irak, Iran, Yémen, Libye, Somalie, Syrie) d'entrer sur le territoire américain. Motif invoqué par le président américain pour justifier le décret : "protéger la nation d'attaques terroristes par des étrangers".

L'application immédiate du décret a pris de cours les immigrés se rendant aux États-Unis. Dès samedi matin, les ressortissants des pays concernés ont connu de grandes difficultés pour rentrer aux États-Unis, et ce même s'ils possédaient des papiers en règle. Selon la conseillère de Donald Trump, Kellyanne Conway, quelque 200 personnes ont été empêchées d'embarquer vers le pays. Le porte-parole de la Maison Blanche Sean Spicer a lui assuré dimanche sur ABC que "109 personnes" étaient passées par des procédures de contrôles renforcées pour "s'assurer que les gens que nous laissons entrer dans notre pays viennent avec des intentions pacifiques".

Des retrouvailles contrariées

Parmi les personnes retenues dans les aéroports américains, se trouvait la mère d'Anfal et Elaf Hussein. Ces deux soeurs d'origine irakienne et de citoyenneté américaine attendaient avec impatience la venue de leur mère Iman à l'aéroport John F. Kenndy à New York. Habitant en Irak, Iman était supposée les retrouver à New York après avoir obtenu une carte verte, délivrée sous le mandat de Barack Obama. Mic, qui rapporte leur histoire, explique qu'Anfal et Elaf n'ont vu leur mère qu'une seule fois au cours des vingt-et-une dernières années.

Mais le décret anti-immigration de Donald Trump a gâché les retrouvailles de cette famille. Alors qu'Anfal et Elaf attendaient patiemment dans la zone des arrivées du terminal 4, elles ont vu l'ensemble des passagers de l'avion sortir, sauf leur mère. Celle-ci a été arrêtée, ainsi qu'une douzaine d'autres passagers, suite à la publication du décret.

Inquiètes, les deux soeurs ont finalement réussi à joindre leur mère au téléphone. "Nous lui avons parlé pendant une minute au téléphone pour nous assurer qu'elle allait bien, puis ils nous ont dit qu'ils allaient la renvoyer [en Irak], a raconté Anfal. "Elle pleurait de peur, et elle ne parle pas vraiment anglais", a ajouté la jeune femme.

Finalement, la juge fédérale Ann Donnelly a interdit aux autorités américaines d'expulser les ressortissants des pays concernés par le décret. Mais le cauchemar n'était pas pour autant terminé pour la famille d'Iman. Au lendemain de son arrestation, soit après 24h de détention à l'aéroport, ses deux filles ont regardé les détenus sortir un par un pour rejoindre leur famille. Tous sauf leur mère. On leur a alors annoncé qu'Iman avait passé la nuit en détention et que suite à un malaise, elle avait été transportée vers un hôpital.

Anfal et Elaf ont alors appelé plusieurs hôpitaux afin de localiser leur mère. En vain. En réalité, dans la confusion, on leur a donné une mauvaise information : leur mère n'a en réalité jamais quitté l'aéroport.

Les émouvantes retrouvailles de deux soeurs irakiennes avec leur mère après 21 ans de séparation.

Finalement, les deux soeurs ont enfin pu retrouver leur mère dimanche vers 14h30 heure locale. Après dix minutes d'attente – "les plus longues de leur vie" - Iman a enfin fait son apparition dans la zone des arrivées internationales. La scène, très émouvante, a été filmée par un voyageur. On y voit Anfal et Elaf tomber dans les bras de leur mère sous les applaudissements des passagers.

Le Canada ouvre ses portes aux réfugiés

En réponse au décret discriminatoire des États-Unis, le Canada, par la voix de son ministre de l'Immigration Ahmed Hussen, a indiqué qu'il accorderait des permis de résidence temporaires aux ressortissants des sept pays musulmans visés. "Je veux assurer les personnes qui seraient bloquées au Canada que j'userai de mon autorité pour leur accorder un permis de résidence temporaire si besoin, comme nous l'avons fait dans le passé", a déclaré Ahmed Hussen, lui-même d'origine somalienne, au cours d'un point presse.

Le Premier ministre Justin Trudeau a lui aussi annoncé sur Twitter que le Canada continuerait à mener une politique d'immigration basée sur la "compassion" tout en assurant la sécurité des Canadiens. "À ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre, sachez que le Canada vous accueillera indépendamment de votre foi. La diversité fait notre force. #BienvenueAuCanada", a tweeté Justin Trudeau.

De leur côté, des Américains se sont rassemblés ce dimanche 29 janvier pour protester contre ce qu'ils nomment le "Muslim Ban". Des milliers de manifestants de toutes origines et de toutes religions ont protesté devant la Maison Blanche et les principaux aéroports du pays pour soutenir l'accueil des réfugiés dans le pays.