L'agression sexuelle d'une jeune femme par 400 hommes indigne le Pakistan

L'agression sexuelle d'une jeune femme par 400 hommes indigne le Pakistan
L'agression sexuelle d'une jeune femme par 400 hommes indigne le Pakistan
C'est une séquence glaçante et révoltante qui est récemment devenue virale sur les réseaux sociaux. A Lahore, une jeune femme qui réalisait une vidéo TikTok avec des ami·e·s a été agressée sexuellement par 400 hommes.
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C'était le 14 août, jour de l'indépendance du Pakistan. Dans un parc public de Lahore, proche du symbolique minaret Minar-e-Pakistan, une jeune femme a été victime d'un agression sordide. Alors qu'elle filmait une vidéo destinée à être publiée sur le réseau social TikTok, elle a été attaquée par 400 hommes. Une horde de passants qui se sont précipités sur elle. "La foule m'a tirée de tous les côtés, à tel point que mes vêtements ont été déchirés. J'ai été projetée en l'air. Ils m'ont agressée brutalement", raconte-t-elle dans sa déposition, avant de lui dérober son argent, ses bijoux et son téléphone. La jeune Pakistanaise aurait également subi des attouchements, comme le précise Le Monde.

La police n'est intervenue que bien après cette agression sexuelle, et a lancé des poursuites contre plusieurs centaines d'assaillants. La scène, filmée par ses ami·e·s en guise de preuve, a largement circulé en ligne. Parmi les nombreuses déclarations réclamant justice, celles de nombreuses célébrités, à l'instar de l'actrice Mahira Khan : "Je n'arrive pas à croire ce que je viens de voir ! Je l'ai déjà dit et je le répète : faites de ces hommes un exemple !". Anoushey Ashraf, actrice de renom, a elle aussi souligné avec fermeté avant de supprimer son tweet : "Pas tous les hommes, juste 84829293949392 d'entre eux."

Un vent d'indignation, renforcé par l'insécurité et les multiples cas de violences sexistes auxquelles sont confrontées les Pakistanaises.

Victim-blaming et culture du viol

"Cet incident vient remuer le couteau dans la plaie profonde infligée par la misogynie qui sévit dans notre pays – la mentalité toxique qui permet les agressions répétées, le blâme des victimes", condamne ainsi le quotidien local Dawn dans un article repéré par Le Monde, interpellant les pouvoirs publics et leur demandant de prendre leurs responsabilités.

Le pays se classe à la 151e place en matière d'inégalités de genre, d'après le Forum économique international. Et à en écouter les défenseur·se·s des droits des femmes et celles qui, depuis, témoignent d'événements similaires, la route est encore particulièrement longue pour espérer de meilleures conditions.

"Le Pakistan est loin d'être le seul pays où de telles violences se produisent", décrypte ainsi auprès du journal français Maria Amir, étudiante chercheuse sur le genre et la sexualité à l'université américaine de Buffalo, "mais c'est l'un des rares pays où la société et l'appareil d'État offrent aux auteurs de violences contre les femmes pléthore de garanties et d'excuses".

"On a une voix"

Pas plus tard qu'en juin dernier, après une suite de viols recensés les semaines précédentes, le Premier ministre Imran Khan avait simplement lâché : "Si une femme porte très peu de vêtements, cela aura un impact sur l'homme, à moins que ce ne soit des robots. C'est le bon sens".

Le bon sens, ou plutôt un exemple flagrant et destructeur de victim-blaming et de culture du viol, que les associations féministes et premières concernées tentent de contrer en s'organisant autour d'une solide sororité.

Sur Facebook, l'entrepreneuse Kanwal Ahmed a ainsi créé le groupe Soul Sisters Pakistan, pour permettre aux femmes de "parler de choses dont elles n'étaient pas censées parler". Notamment, les conséquences dévastatrices du patriarcat. En 2018, la plateforme l'a nommée comme l'une des 115 "leaders communautaires" parmi 6000 candidat·e·s, et lui a distribué une subvention pour développer son projet.

"Les femmes au Pakistan sont vraiment, vraiment fortes", affirmait-elle auprès d'Aufeminin. "On a une voix. Nous n'avons tout simplement pas assez d'espaces pour utiliser cette voix". Plus que la parole, c'est donc ici encore l'écoute, qui doit être libérée.