Gang of Witches, le podcast incendiaire des sorcières révolutionnaires

Le collectif "Gang of Witches" par le photographe Luke Atkinson.
Le collectif "Gang of Witches" par le photographe Luke Atkinson.
Le collectif artistique Gang of Witches lance ce 10 janvier un podcast qui lui ressemble. Comprendre : écoféministe, intensément sororal et révolutionnaire. L'une de ses animatrices nous en dit quelques mots. A vos casques.
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Cela fera bientôt quatre ans que Gang of Witches propage ses bonnes ondes. Des sonorités féministes, utopistes, révolutionnaires. Cette communauté artistique fondée par la plasticienne Paola Hivelin et la musicienne Sophie Rokh se déploie partout : créations musicales, expos, festival pluridisciplinaire ("Patriarchy is burning"), écritures... et podcast ! Car le 10 janvier, cette armée de sorcières lance son émission mensuelle. Avec, comme premier thème, le plus essentiel de tous : la sororité. Cette solidarité sans laquelle les grands mouvements de révolte féminine ne pourraient avoir lieu.

C'est un programme sonore qui oscille entre fiction et conversations, sans jamais perdre le fil d'une histoire qui s'écrit là, maintenant, en 2020 : cette militance écoféministe et antipatriarcale plus que jamais nécessaire. Les voix de la réalisatrice Valérie Mitteaux et de l'autrice Wendy Delorme s'unissent pour animer ce podcast engagé qui, dès le premier épisode, nous l'affirme : humour, art, colère et amour sont primordiaux pour soutenir la cause des femmes. On ne pouvait rêver discours politique plus pertinent en ce début d'année. Valérie Mitteaux a accepté de nous en dire plus sur ce nouveau rendez-vous audio "witches power".

Terrafemina : Pourquoi avoir lancé ce podcast aujourd'hui ?

Valérie Mitteaux : Gang of Witches est un collectif artistique créé par Paola Hivelin et Sophie Rokh, et elles sont toujours ouvertes à toute nouvelle proposition. Avec ce podcast, nous souhaitions aller à la rencontre de personnes dont l'on entend pas toujours la voix. Notre but est de fédérer un réseau international de sorcières. Des personnes qui, à terme, pourraient mener des projets ensemble et s'exprimer, tout simplement.

Par exemple, l'épisode 2 sera consacré à une professeure activiste nord-américaine d'origine nigériane. Une femme qui fait tout un travail sur la communauté afro-américaine. Une grande question sera notamment abordée : comment retrouver de la force dans cette nation où les conditions de vie des populations afro-américaines sont absolument lamentables ?

Comme le collectif artistique dans son ensemble, le podcast Gang of Witches est protéiforme : on alterne toujours entre fictions et rencontres car on reste persuadées que l'art est toujours fondamental pour changer les mentalités ! Et on essaie simplement de proposer des outils pour cela, avec ce rendez-vous qui aura lieu toutes les nuits de pleine lune.

Les sorcières Paola et Sophie, instigatrices de Gang of Witches.
Les sorcières Paola et Sophie, instigatrices de Gang of Witches.

La sorcière est-elle justement synonyme de changement ? Comment expliquer qu'elle soit une figure féministe si forte ?

V.M. : La sorcière est une figure de puissance féminine. Elle nous invite à imposer et à unir nos forces. Avec ce podcast, nous avons envie de semer des graines dans les oreilles des auditrices pour leur dire : "N'oublie pas que la puissance, tu l'as". Aujourd'hui, nous sommes dominées par la violence masculine, entre la poussée du néo libéralisme, ces espèces de tyrans du 21e siècle (Trump, Poutine...), de personnes extrêmement autoritaires, et cette violence sans vergogne va jusqu'à malmener la Terre, qui est aux abois : il suffit de regarder ce qui se passe en Australie depuis le mois de septembre.

La Terre se réchauffe, les forêts s'assèchent et sont sensibles à la moindre étincelle. C'est un pays entier qui s'embrase. Or, la sorcière nous renvoie à quelque chose de millénaire, et donc à une époque où l'on entretenait encore un rapport hyper respectueux à la Nature et à sa puissance. Et nous sommes persuadées que s'il y avait plus de femmes un peu partout à des endroits de pouvoir, la Terre ne serait pas dans cet état !

L'union, c'est le grand thème de ce premier épisode, consacré à la sororité. Pourquoi la solidarité féminine est-elle si importante ?

V.M. : Tant qu'il n'y aura pas cette solidarité là l'on aura beaucoup de mal à avancer. Il y a toujours beaucoup de femmes qui se mettent du côté des oppresseurs, lorsque d'autres sont violentées. Or, l'oppression des femmes est universelle. C'est pour cela qu'en 2020, il est temps d'inverser la tendance. En ce moment, nous observons qu'il y a de plus en plus d'hommes féministes, qui prennent conscience de leurs privilèges, et c'est déjà une bonne chose. Mais les femmes elles aussi doivent reconsidérer leur pouvoir et leur impact. Gang of Witches met justement à l'honneur un "coven", c'est-à-dire un endroit où les femmes pourraient se rassemblent toutes ensemble.

Gang of Witches, la révolution des sorcières.
Gang of Witches, la révolution des sorcières.

Je me suis déjà réveillée un matin en me disant que j'allais mourir et que cette idée d'oppression des femmes allait me survivre... Et face à cela, la sororité permet d'emprunter un autre chemin. Ce premier épisode est vraiment porteur d'espoir en ce sens. Pour ce qui est des relations hommes/femmes, j'ai quelquefois l'impression qu'on est encore au Moyen Age ! Et pour rééquilibrer ces inégalités, il faut se rassembler.

Ce rassemblement, Gang Of Witches nous rappelle qu'il n'a pas juste trait au bien-être. Il est profondément politique...

V.M. : Parce que nous le vivons aujourd'hui ! Depuis le mois de décembre et le début de cette période de grèves en France (causée par le projet de réforme des retraites). Les gens se disent qu'ils vont bosser pendant des années pour une fin de vie misérable. C'est une vision de l'avenir déprimante. Quand on a 20 ans aujourd'hui, c'est difficile de se projeter dans un monde qui part en sucette, où l'on à la fois exploité au niveau du travail et étouffé par l'atmosphère.

Et durant ces moments de grève, on sent que, mine de rien, une solidarité se retisse au sein d'un espace public où les gens ont pour habitude d'être robotisés, déprimés. Ils recommencent à se regarder. La contestation politique permet toujours cela. Elle contribue à rebâtir une forme d'attention et de gentillesse à mes yeux.

Nous parlions de la Terre, des forêts, de la nature... Gang of Witches se veut également écoféministe ?

V.M. : Gang of Witches a toujours été un collectif artistique écoféministe et révolutionnaire. Ses deux fondatrices sont d'ailleurs allées s'installer loin de la ville, afin d'éprouver un rapport à la nature beaucoup plus évident, immédiat et physique. L'écoféminisme, c'est évidemment fondamental. D'ailleurs, on remarquera que personne n'a jamais lancé une pensée "écomasculiniste" ! Pour la bonne raison que le masculinisme est dans une logique de domination et de destruction. Or, les hommes l'exploitent, mais on ne doit pas oublier que la nature est toujours plus forte que nous.

Un podcast écoféministe, révolutionnaire et sororal.
Un podcast écoféministe, révolutionnaire et sororal.

Par-delà la sororité, le coeur de ce premier épisode est l'amour. Un mot révolutionnaire ?

V.M. : Oui. Aujourd'hui, on l'observe, les gens se regroupent autour d'une lutte. Or, il n'y a rien qui ne donne plus de bonheur que de comprendre que l'on a une forme d'utilité sociale et politique dans ce monde. Que l'on est "utiles".

C'est une conviction plus épanouissante humainement parlant que de consommer toujours plus et de se demander ce que l'on va consommer ensuite. Surtout, c'est encore mieux quand on le fait en groupe et que l'on rassemble des gens pour lutter toutes et tous ensemble.

De façon plus globale, l'Amour, c'est celui que l'on porte envers les femmes, pour la planète, qui nous abrite et l'on doit préserver. On a toutes et tous besoin d'amour !

Ecoutez le Gang Of Witches le podcast dès le 10 janvier 2020 ici