Pourquoi il ne faut pas avoir honte de parler de cul

La série Girls
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Sus à la timidité ! Parler sexualité à ses amis n'aurait rien à voir avec de l'exhibitionnisme verbal et permettrait même de se sentir mieux et de briser des tabous. Fleurissez votre langage, c'est bon pour la santé (et le reste).
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On a toutes dans notre entourage une copine experte en détails croustillants, toujours partante pour révéler l'intégralité (et sans filtre) de sa vie sexuelle. Face à son exposé, vous rougissez, fixez les lacets de vos chaussures, quand vous ne lui intimez pas d'arrêter son récit un peu gênant. Pour certaines experts et sexologues avertis, raconter sa vie sexuelle est pourtant salutaire. D'après la sexologue clinicienne américaine Rena McDaniel interrogée par le site Bustle, "parler de cul" est non seulement sain mais également valorisant. "Il y a encore quelques tabous culturels sur le fait de parler librement de sa vie sexuelle avec ses amis, en particulier chez les femmes. Mais parler de sexe est une excellente façon de déstigmatiser une partie normale et saine de sa vie."

50 Shades of Grey
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"Les filles bien ne parlent pas de sexe"

Un récent sondage mené par LifeStyles a révélé que 63 % des gens ne trouvent toujours pas acceptable que les femmes soient aussi actives sexuellement que les hommes. Difficile de faire plus sexiste. Pourtant, l'idée est tenace. Selon la sexologue, ce stéréotype est d'ailleurs problématique. "Lorsque nous évitons certains sujets liés au sexe et à la sexualité parce qu'ils sont durs ou qu'ils nous embarrassent, nous nous ne rendons pas service. Au lieu de guérir, nous plongeons plus profondément dans la honte et la clandestinité."

En abordant ouvertement des thématiques liées au sexe, la parole se libère autour de questions essentielles et parfois très sensibles comme le consentement, le plaisir féminin, la masturbation voire même le viol conjugal. Rester sourde ou muette face à ce genre de sujets renforce également le préjugé qui consiste à croire que le sexe est un domaine masculin, et qu'il n'y a que le désir de l'homme qui compte.

Répétez après moi : VUL-VE

Alors, pourquoi un tel blocage, une telle gêne dès qu'il s'agit de parler de sexe, même entre copines ? Pour Liv Strömquist, auteure de la bande dessinée L'Origine du monde, nos réticences à nommer le sexe féminin est intimement lié à notre culture occidentale. "Chose curieuse dans notre culture, la représentation ou la mention des parties visibles externes de l'entrejambe sont rares. En effet, notre société semble avoir bien du mal à articuler le mot vulve".

D'autant que tous ses synonymes sonnent bizarrement à nos oreilles. Chatte ? Vulgaire. Foufoune ? Infantilisant. Con ? Insultant. Puisqu'il est souvent considéré comme un simple "trou", pourquoi d'ailleurs s'embêter à le nommer ? Selon la psychologue américaine Harriet Lerner citée par la dessinatrice, la confusion linguistique entre "vagin" et "vulve" et la difficulté à utiliser des termes précis participent à rendre le sexe féminin invisible. Et d'invisible à informe, il n'y a qu'un pas. "Le langage dissimule le fait que le sexe féminin a aussi des parties externes et cette description incomplète prête à confusion. Toute adolescente qui se baserait là-dessus en s'examinant devant un miroir en arriverait à la conclusion qu'elle est difforme", analyse la psy en étudiant un manuel d'éducation sexuelle populaire dans les années 1980.

vajayjay
vajayjay

Kezaco "va-jay-jay" ?

En 2005, quelques années après la diffusion de la série Sex and The City qui révolutionnait les codes télévisuels en y injectant un langage plus cru, la productrice Shonda Rhimes était pourtant contrainte d'inventer le mot vajayjay dans sa série Grey's Anatomy parce que les broadcast standards (l'équivalent du CSA en France) considéraient que le mot "vagin" avait été trop utilisé dans ce show médical. "Nous devrions appeler les parties du corps telles qu'elles sont. Cela me semble ridicule d'être accusé offenser la sensibilité des spectateurs en nommant simplement quelque chose que 50 % de la population possède", s'offusquait-elle à la National Public Radio. L'époque où Samantha de Sex and The City parlait de cul à l'heure du brunch est bien loin... Aucune série n'a su depuis parler aussi ouvertement de sexualité, à part peut-être sa petite soeur Girls ou encore Masters of Sex.

Sex and the city
Sex and the city

Conclusion : n'ayons plus peur de parler de votre sexe, vulve, vagin, ovaire et con ; de poser des questions lorsque nous avons un doute. En somme de parler de sexualité naturellement. La chose peut sembler étrange et pourtant combien de femmes encore aujourd'hui rougissent lorsque l'on parle de clitoris et n'osent pas aller voir le médecin lorsqu'elles ont une mycose ? Sans parler de celles qui se sentent difforme et ont recours à la chirurgie pour se "corriger" ou se blanchir. Ce sont les tabous et les interdits qui mettent en danger, pas le fait de prononcer à haute voix le mot "vulve".