Roman Polanski encore et toujours à l'Académie des César : l'impossible révolution ?

Manifestation contre la nomination de Roman Polanski avant la 45ème cérémonie des César à Paris, le 28 février 2020.
Manifestation contre la nomination de Roman Polanski avant la 45ème cérémonie des César à Paris, le 28 février 2020.
Dans cette photo : Roman Polanski
"Le foutage de gueule est complet !". C'est le fiasco du côté de l'Académie des César suite à l'élection "quasi paritaire" d'une nouvelle assemblée générale. Car un nom (historique) perdure envers et contre tout au sein de l'assemblée : celui de Roman Polanski.
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C'était l'une des grandes attentes de ce début d'année : la promesse d'une meilleure parité au sein de l'Académie des César. Sur l'intégralité des membres de ladite académie, seuls 35 % étaient des femmes. D'où l'ambition tardive du président Alain Terzian : rééquilibrer tout cela, et même carrément "opérer une révolution culturelle" (ses propres mots) afin de garantir "un vrai 50-50" à tous les niveaux. Ce n'est pas trop tôt.

Mais aujourd'hui, qu'en est-il vraiment ? Comme l'énonce le Parisien, l'Académie a élu en ce mois de septembre sa nouvelle assemblée générale. Alors, quel est le visage de la "révolution culturelle" ? Il vous sera familier. Car malgré tout ce qui a entouré "la crise des César" (l'appel au boycott par des associations féministes du film J'accuse, les protestations et manifestations engendrées par le sacre de son réalisateur, le "C'est la honte" d'Adèle Haenel), on retrouve parmi les membres de cette assemblée... Roman Polanski. Un "vieux de la vieille" de ladite académie.

Polanski fait partie des membres "historiques" "à qui la direction par intérim a demandé s'ils souhaitaient ou non être reconduits. Ils leur suffisaient de se signaler, par écrit, avant la fin juillet", comme le précise France Inter. Le cinéaste a donc exprimé le souhait de continuer à faire partie de la gouvernance des César.

Qu'importent alors les nombreuses manifestations des militantes féministes. Rappelons au passage que Roman Polanski est accusé de viol par une dizaine de femmes depuis les années 1970, et est poursuivi depuis plus de 40 ans par la justice américaine pour des "relations sexuelles illégales" avec une mineure (des faits datant de 1977). Sa présence suggère que cette "nouvelle" situation académique n'a vraiment de nouvelle que le nom.

Et c'est bien dommage : car au sein de cette assemblée remaniée en cette rentrée, on observe pourtant une "quasi-parité". Au sein de la vingtaine des branches professionnelles concernées, chacune correspondant aux fameuses catégories de la cérémonie (réalisation, interprétation, production, effets spéciaux, maquillage), l'on dénombre effectivement 81 femmes et 101 hommes. Presque enthousiasmant donc.

Mais malgré cette évolution qui n'en est pas vraiment une (la quasi-parité, une révolution ?), le nom de Polanski perdure. Toujours. Et suscite aussi bien la colère que l'incompréhension.

"Le foutage de gueule est complet"

"Le foutage de gueule est complet : l'association qui organise les César a élu ses nouveaux membres. La promesse de parité est tenue mais dans la branche réalisation, on retrouve un certain... Roman Polanski", fustige en ce sens la newsletter féministe Lesbien Raisonnable, citant au passage Dewey, le truculent minot de la série Malcolm : "Je ne m'attendais à rien mais je suis quand même déçue".

Même son de cloche du côté de bien des voix féminines (et féministes) sur Twitter : "Les accusations de viol brisent des carrières, et c'est pourquoi Polanski est dans la nouvelle assemblée des César", ironise une internaute. D'autres rappellent une nécessité : manifester, encore.

Dans l'attente de l'élection d'un nouveau conseil d'administration (qui devrait se composer de 21 binômes femmes/hommes, paritaire donc), serait-on face à une impossible modernisation académique ? Rappelons que l'Académie des Oscars a quant à elle expulsé Roman Polanski. La question se pose. Et les célébrités elles-mêmes n'hésitent pas à prendre position. Comme la comédienne Béatrice Dalle par exemple.

Sur les ondes de France Inter, elle réagit à cette stagnation institutionnelle : "C'est inouï ! Vu la polémique qu'il y a eu, c'est quoi cette espèce de règle étrange qui fait que d'un coup il est d'office dans la liste ? C'est du foutage de gueule, faut arrêter de faire des absurdités pareilles !". Une prise de parole sans filtre.

"On aurait pu se réveiller plus tôt", admettait en février dernier Alain Terzian au sujet de l'absence de parité au sein de l'Académie. Plus que de réveil, c'est l'effet gueule de bois qui semble prédominer encore aujourd'hui. Mais malgré tout, certains semblent encore dormir sur leurs deux oreilles.