La technique scandinave pour (enfin) bien dormir à deux

La technique scandinave pour bien dormir à deux ? Avoir deux couettes
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Las·se de vous réveiller à deux heures du matin complètement gelé·e quand l'autre est bien au chaud, enroulé·e dans l'intégralité de la couette commune ? La solution est simple : en avoir deux. C'est en tout cas ce que prône cette technique scandinave.
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Il est 16 heures, vos paupières sont lourdes. Inutile de chercher ce qui peut bien provoquer un tel besoin de sommeil en pleine journée, vous connaissez la cause par coeur. Depuis peu, vous êtes en couple, et partagez désormais beaucoup de vos nuits, si ce n'est toutes, avec quelqu'un qui n'a pas l'air de souffrir de ce changement d'habitude.

La preuve, quand vous tournez dans tous les sens avant de sombrer, il·elle émet déjà un petit ronflement discret mais révélateur d'un endormissement réussi. Autre scénario : lorsque vous vous réveillez en pleine nuit car frigorifié·e et dépourvu·e de couette, vous découvrez l'autre sagement emmitouflé·e dans la couverture moelleuse prévue pour vos deux corps. Votre vie nocturne se résume à lutter pour entrer dans les bras de Morphée et à râler quand vous vous en extirpez bien malgré vous.

Vous en arrivez à vous languir des soirs où vous vous retrouviez seul·e avec pour unique compagnon votre ordinateur et cinq épisodes de The Office. Programme parfait, pensez-vous aujourd'hui au bord d'une crise de narcolepsie. Seulement voilà, à part ce (pas si) léger détail, tout va bien dans votre nouvelle et prometteuse relation. Et puis "je n'aime pas dormir à deux" n'est pas vraiment une raison valable pour mettre les voiles, de toutes façons. Quoique.

Le manque de sommeil, cause de rupture ?

D'après Neil Stanley, expert en la matière et auteur de How To Sleep Well (littéralement "comment bien dormir", c'est dire la pointure), les cas sont plus fréquents qu'on ne le pense. "Il existe en fait un lien étroit entre un mauvais sommeil et un taux de divorce plus élevé", révèle-t-il à Refinery29. "En restant au lit avec quelqu'un qui vous agace, votre relation sera probablement plus mauvaise que solide".

Selon un rapport britannique sur l'heure du coucher publié par le Sleep Council en 2017, près d'un tiers d'entre nous (30 %) passe une mauvaise nuit la plupart du temps, la perturbation du partenaire étant la deuxième raison la plus courante (25 %) après le stress et l'inquiétude (45 %). A prendre au sérieux, donc. Car si ça ne compromet peut-être pas vos sentiments pour l'instant, ce manque a de quoi sérieusement altérer votre moral, votre santé, votre mémoire, votre sexualité ou encore votre productivité. Et par la force des choses... précipiter la rupture.

"Sans sommeil, notre corps et notre esprit ne fonctionnent pas comme ils le devraient", explique à Pop Sugar Arefa Cassoobhoy, docteure en médecine interne. "Votre humeur peut en souffrir, ce qui peut entraîner des symptômes de dépression. Votre capacité à penser clairement et à vous souvenir des détails diminue, et votre perception de la douleur peut s'aggraver. En outre, le système immunitaire de votre corps s'affaiblit et vous êtes plus susceptible de tomber malade", pas vraiment ce qu'on recommande actuellement.

Une étude suédoise avance même que moins nous dormons, moins nous sociabilisons. Et en 2021, les occasions sont déjà trop rares pour risquer de bouder ce qui nous reste d'interactions. Il faut donc trouver une solution si vous voulez renouer avec la partie de vous qui ne baille pas en pleine réunion - Zoom ou non.

La technique scandinave salvatrice

En France, les longues nuits ne sont pas notre fort. D'après l'Institut National du Sommeil et de la Vigilance cette fois, 36 % des Français·e·s actif·ve·s dormiraient ainsi moins de six heures par nuit. Plus inquiétant encore, la population française a perdu plus de 45 minutes de sommeil entre 2010 et 2017, et entre 1 heure et 1h30 en 50 ans. La faute, notamment, à nos habitudes face aux écrans.

Mais retour à la compatibilité amoureuse au plumard. Dans les pays nordiques, on semble avoir trouvé l'astuce pour mieux profiter de nos moments dans le lit, surtout accompagné·e. Et elle se résume en ces mots : deux couettes. Ou plutôt : un même grand matelas, deux couettes. Une coutume qui n'est pas sans rappeler les bienfaits, nombreux et similaires, évoqués par les couples qui font chambre à part.

Rebecca Thandi Norman, fondatrice du site lifestyle anglophone Scandinavia Standard, n'en finit d'ailleurs plus de vanter ses mérites. "J'adore dormir avec ma propre couette !", s'exclame l'Américaine résidente de Copenhague. "Cela a amélioré la qualité de mon sommeil en ce sens que je me réveille moins souvent parce que j'ai froid ou que j'ai du mal à récupérer assez de couette." Un véritable fléau.

Elle poursuit : "J'aime pouvoir mieux contrôler ma température corporelle et l'enrouler autour de moi comme je le souhaite. Mon mari et moi avons des couettes de chaleur différente ; la mienne est thermique et la sienne est beaucoup plus fine. Nous sommes tous les deux très heureux d'avoir un plaid chacun qui répond à nos besoins !"

A Stockholm, même combat. En voyage avec son mari dans un hôtel de la capitale suédoise, la journaliste américaine Annie Gabillet raconte comment - à sa grande surprise - elle a trouvé deux édredons sur la même couche. Une employée lui expliquera qu'il s'agit de "la façon scandinave", très fréquemment pratiquée. "Parlez d'utopie", commente-t-elle. "Depuis toujours, les Suédois, les Norvégiens, les Danois et les Finnois ont évité les combats de couverture en pleine nuit."

Une symbolique qui défie les normes

Pour Felix, adepte convaincu, cette technique est également très symbolique. "Je pense que c'est l'option de l'indépendance dans un espace partagé ; être capable de maintenir une intimité tout en affirmant un niveau de contrôle sur quelque chose qui est relativement personnel est, du moins à mon avis, une décision de relation propice", observe-t-il auprès de Refinery29. Une analyse que partage la Finnoise Anu Partanen, autrice de The Nordic Theory of Everything, qui estime dans son ouvrage qu'à son sens - et celui de ses compatriotes - "l'amour et l'amitié authentiques ne sont possibles qu'entre des individus indépendants et égaux". En droit, et en draps.

Le spécialiste Neil Stanley souhaite toutefois rassurer les inquiet·e·s qui croiraient dur comme fer que "loin dans le lit, loin du coeur". "Le lit est un espace très significatif en termes d'intimité, et donc quelque chose comme des couettes séparées peut menacer ce sentiment d'unité en raison de la norme culturelle que nous nous fixons, mais le plus important dans le sommeil est de passer une bonne nuit", rappelle-t-il. Et d'assurer : "Le sommeil est la chose la plus égoïste que l'on puisse faire. Vous ne pouvez pas [le] partager. Et nous savons que si vous passez une mauvaise nuit, vous manquez d'empathie, vous avez plus de disputes, vous avez plus de sentiments négatifs envers votre partenaire le lendemain. Ce n'est pas une recette pour une relation heureuse."

L'expert conclut avec quelques conseils déculpabilisants que l'on vous recommandera chaudement d'appliquer pour recouvrez une forme olympique rapidement : "Quand vous dormez, donnez la priorité à votre sommeil ! Tout le reste du temps, donnez la priorité à votre relation".