Pourquoi le film "365 Dni" diffusé sur Netflix file la nausée

Pourquoi le film "365 Dni" diffusé sur Netflix file la nausée
Pourquoi le film "365 Dni" diffusé sur Netflix file la nausée
Entre séquestration et banalisation des violences faites aux femmes, le long métrage polonais "365 Dni" écoeure. Une sorte de très long et très mauvais porno qu'on pensait réservé aux plateformes les plus problématiques. Seulement voilà : le film est disponible sur Netflix, et numéro un des tendances.
A lire aussi

C'est l'histoire de Massimo. Un homme, un vrai. Surtout un Sicilien bourré de stéréotypes comme l'industrie du (mauvais) cinéma sait les faire. Il est grand, brun, les cheveux gominés et haut placé dans la mafia. En plus de ça, il a un honneur à défendre. Oui car voilà, dès la première scène du film, Massimo (Michele Morrone) perd son père. Le paternel est tué on ne sait pas vraiment comment, ni par qui, alors qu'il discute d'un trafic de jeunes réfugiées avec de potentiels "associés". Des gangsters qui lui proposent d'en "garder une" d'à peine 12 ans pour son plaisir perso (vomi). Il refuse, gentleman.

Trente secondes plus tard, il se prend une balle dans le dos après avoir lancé à son fils, qui matait une inconnue avec ses jumelles : "il faut que tu arrêtes de t'amuser Massimo, et que tu trouves une femme". Ou un truc au moins aussi naze. Et ça, Massimo, ça le marque. (Vous ne comprenez rien ? C'est normal, nous non plus).

Cinq ans après, on retrouve le protagoniste dans un meeting à San Francisco dont on ne saisit (toujours) pas grand chose, si ce n'est qu'il soumet tout le monde à ses volontés. Massimo fait plier les plus grands investisseurs d'Amérique d'un regard. Un regard d'un homme, un vrai.

365 Dni, de Barbara Bilowas

Avance rapide tant le scénario est "claqué au sol" comme dit la jeunesse sur Twitter : on rencontre Laura (Anna-Maria Sieklucka), une Polonaise qui part en vacances en Sicile avec son compagnon, un énorme beauf qui la trompe et la délaisse. Un soir alors qu'elle se promène solo dans les rues d'une petite ville, elle se fait kidnapper par... Massimo ! Evidemment.

Le mec lui dit qu'il a "vu son visage lui sourire alors qu'il était entre la vie et la mort" il y a des années (c'est elle, l'inconnue matée aux jumelles), l'a croisée à l'aéroport et qu'il va désormais la séquestrer jusqu'à ce qu'elle tombe amoureuse de lui. Tout un programme. Elle a un an pour succomber, d'où 365 Dni, qui signifie "365 jours" en polonais. Gloups.

Mais il correspond aux standards de beauté et il l'appelle "baby girl", alors ça va.

S'en suivent des scènes toutes plus dérangeantes (au mieux) les unes que les autres, où la frontière entre les violences sexuelles et le sexe torride est piétinée à grands coups de "quand toute ta vie consiste à prendre les choses de force, c'est dur d'agir différemment", prononcé par Massimo. A la fin, elle l'aime et veut son enfant. Normal.

La masculinité toxique à son paroxysme

Inutile de préciser qu'en regardant ce navet intersidéral adapté de la saga (oui, il y en a d'autres) de l'autrice polonaise Blanka Lipińska, notre petit coeur de féministe a bondi, nos tempes pulsé et notre sang fait qu'un tour. Parce que le souci, qu'on s'entende bien, n'est pas l'histoire pourrie jusqu'à la moelle. Netflix fait des daubes, ça ne dérange personne. Non non, dans ce cas précis, c'est la romantisation puante de l'enlèvement, des violences conjugales et du viol qui nous font bondir.

Histoire d'accentuer quelques points dégueulasses, dès le premier quart d'heure, Massimo force une hôtesse de l'air à lui faire une fellation dans une scène qui nous fout encore des hauts le coeur. On le voit lui, transpirant, qui tient la tête de la jeune femme sur son sexe avec force dans un mouvement de va-et-vient terrible. Personne ne lui a demandé si elle était d'accord, on a l'impression qu'elle va s'étouffer et, cerise sur le gâteau, à la fin, elle sourit vaguement pour que le·la spectateur·ice comprenne que "finalement, elle a bien aimé". Sous-entendu qu'il n'y a rien de mal à violer une femme puisqu'il y a des chances qu'elle soit satisfaite par la suite.

Ce à quoi de nombreuses internautes, qui érigent Massimo au rang de fantasme sexuel, répondent : "Oh ça va, c'est qu'une fiction, détendez-vous".

Quand le prédateur sexuel devient "mâle alpha"

Pour être clair : le gros problème n'est pas de montrer des scènes de sexe non-consenti, mais plutôt que jamais (jamais !) elles ne soient remises en question. Et que le personnage principal non plus. Même pas par Laura, qu'il a le don de plaquer contre le premier mur venu dès qu'il estime qu'elle le "provoque". Sous-entendu cette fois que les violences sont la faute de la victime.

Elle tombe amoureuse en deux secondes et demi (qui ont l'air de dix ans en réalité, tant la nullité du film le rend interminable) et à aucun moment on ne saisit une quelconque contradiction envers ses agissements à lui, pourtant clairement condamnables. Elle dira même à sa meilleure pote qu'il est son "protecteur" et qu'avec lui, elle se sent "comme une petite fille". Un syndrome de Stockholm et des clichés sexistes comme s'il en pleuvait.

Dans 365 Dni, Massimo n'est pas décrit comme un kidnappeur-violeur-prédateur sexuel sur lequel la caméra pose un oeil critique nécessaire, mais comme un mâle alpha qui a trouvé sa muse et fera tout pour l'apprivoiser - à la manière d'un animal. Notamment en la faisant suivre par un de ses sbires, en l'attachant à un lit pour qu'elle le voit jouir après une fellation (encore) effectuée par une autre femme, en lui promettant qu'il ne "fera rien sans sa permission" (avec une main sur ses seins) et en la couvrant de cadeaux.

Mais parce qu'il correspond aux standards de beauté et qu'il l'appelle "baby girl", ça va ?!

Nul mais surtout dangereux

En fait, ce long métrage, c'est le fantasme ultime des masculinistes en puissance. Et des misogynes moins assumés. Un porno très long qui oublie le consentement, concocté à la sauce male gaze (évidemment), sexisme et banalisation des violences faites aux femmes. Qui sont, elles, reléguées au rang de vénales que l'on domine avec un pénis (forcément énorme, comme un homme, un vrai) et des fringues de luxe.

C'est mal joué, mal écrit, certes, mais surtout dangereux : car disponible à n'importe qui sur Netflix. Et encensé par une communauté de jeunes fans influençables qui rêvent maintenant - on cite - que "Massimo [les] enlève aussi" et "quand il veut". D'autres vont même jusqu'à arguer qu'il n'y a "que les femmes qui baisent mal ou qui n'ont pas de caractère" qui s'insurgent. Ou peut-être celles qui ne sont pas aveuglées par la culture du viol ?

Au bout de dix minutes, on avait déjà envie de crier. Devant le générique de fin, tout est plus clair. Alors que le film s'achève, Netflix nous fait une suggestion : Jeffrey Epstein : Pouvoir, argent et perversion, le documentaire sur l'homme d'affaires accusé de trafic sexuel sur mineures.

Comme quoi, si la plateforme de streaming s'est plantée en beauté, l'algorithme lui, a visé juste.