Pourquoi vous allez adorer Ashnikko, la rappeuse pop, féministe et badass

Ashnikko lors de la cérémonie des "Brit Awards 2020" à l'O2 Arena à Londres, le 18 février 2020.
Ashnikko lors de la cérémonie des "Brit Awards 2020" à l'O2 Arena à Londres, le 18 février 2020.
Clips chocs, collaborations d'enfer, paroles qui punchent, look qui claque... Plus qu'une jeune femme de 24 ans, Ashnikko est un personnage à part entière, oscillant entre hip hop et pop, avec la même voix : puissante, irrévérencieuse, féministe. Portrait d'une prodige.
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Clitoris, empowerment, sexualité... Elles abondent, les thématiques féministes qui ponctuent Demidevil, le nouvel EP explosif d'Ashnikko. Qui ça ? Ashnikko, jeune artiste de 24 ans éclatant les frontières entre pop et hip hop, délivrant des hymnes badass qui évoquent l'énergie dévastatrice d'une Grimes ou d'une Charli XCX.

S'embarquer dans l'univers de l'artiste, c'est se familiariser avec un monde où la notion de genre musical n'a plus grande importance. Tout comme celle de "tabou". Exubérant, ce drôle de personnage aux couettes bleues et aux couleurs agressives détonne par les mises en scène sanglantes dont elle parsème posts Instagram et clips vidéos. Son univers est gothique, comme celui d'une adolescente échappée d'un film de Tim Burton. En plus trash.

Ashnikko aime les meufs qui en jettent (comme la rappeuse new-yorkaise Princess Nokia, qui lui dédie un joli featuring) et les images qui claquent comme des slogans, et se contrefiche bien des qu'en-dira-t-on d'une société patriarcale pudibonde qu'elle fustige volontiers entre deux rimes sanglantes. Portrait d'une prodige de choc.

Pas comme les autres

Le hip hop féministe et badass à souhait de la jeune chanteuse Ashnikko.

Avant de devenir la grande Révélation des UK Music Video Awards et d'affoler le compteur de YouTube ("Daisy", l'un de ses derniers hits, dépasse les 70 millions de vues), Ashton Nicole Casey de son vrai nom était une ado américaine comme les autres. Ou presque. Car c'est déjà toute enfant que cette native de Caroline du Nord s'initie à ses premières écoutes trash en dégustant les albums du groupe de nu metal Slipknot - crew d'où lui viendra certainement son goût prononcé du maquillage et du morbide. Autre coup de coeur ? Le rap badass de la chanteuse M.I.A (Paper Planes), qu'elle découvre avant même son entrée au collège. Précoce.

Influence majeure s'il en est, pour celle qui, de ses premiers sons balancés sur Soundcloud en 2016 jusqu'à la sortie de sa mixtape le 15 janvier dernier, revendiquera à l'unisson un statut de "bad girl" fière et désinvolte. De son premier EP Sass Pancakes au succès mondial remporté par son single Stupid (en 2019), Ashnikko a vite donné le ton. Chez elle, il est question de jeunesse émancipée, de crise identitaire, de mecs stupides, de "pussy power". Et pas question de se laisser écraser par une industrie qui ne ménage pas les jeunes femmes.

Haute en couleurs

Popularisée ces deux dernières années sur des plateformes pop comme TikTok, la discographie d'Ashnikko a de quoi hérisser les poils des boomers. Working Bitch, STUPID, Unlikeable, Toxic... Les titres de ces sons laissent à penser que la chanteuse, autrice et interprète n'est pas là pour être aimée. Son langage n'a rien de consensuel, son attitude encore moins. Jeune fille tout droit sortie d'un animé japonais, Ashnikko se décline en pochettes où on la voit voltiger dans les airs, dégainer un item de jeu vidéo de combat, vomir de l'acide.

Avec, pas loin, son alter ego, encore une fois très burtonien : une gamine aux cheveux bleus disproportionnées tour à tour tailladée, défigurée ou noyée dans ses larmes. Le message est clair. La popstar effraie les parents mais réjouit leurs enfants. Et plus encore, leurs filles. Décomplexée, sa plume fait la part belle à l'expression libre de la sexualité féminine. Sans limites, sa voix est emblématique d'une époque leadée par de jeunes chanteuses comme Billie Eilish : plus besoin de garçons pour donner le la, ce sont les wonder girls qui mènent la danse.

Clitoris, sex toys, féminisme, l'univers sans tabous de la géniale Ashnikko.

Il faut dire que si elle ne se prive pas de détourner des stars d'antan comme Avril Lavigne (avec son malicieux morceau L8r Boi), la punk au look tokyoïte a pour habitude de célébrer la sororité en invitant des créatrices tout aussi badass, comme les rappeuses et productrices afro-américaines Yung Baby Tate, Kodie Shane et Kelis, mais aussi l'artiste queer et féministe Brooke Candy. Les voix d'une génération en constante (r)évolution.

Difficile de louper leurs collabs : le timbre singulier d'Ashnikko n'en finit pas de squatter le top des charts, du succès de STUPID à celui de Deal With It (cumulant plus de cinq millions de vues sur YouTube en deux semaines seulement). Belle épopée que celle de la jeune femme, dont la propension à concilier musicalité hors-normes et stylisme ovniesque n'est pas sans rappeler l'ingéniosité d'une certaine Björk. Mais par-delà tous ces noms, la vingtenaire est parvenue à façonner son propre univers, bien à elle, en dehors des cadres et des attentes.

Misandrie et clitoris

Elle le prouve d'ailleurs au fil des 25 minutes incendiaires de Demidevil. "Fuck a princess, I'm a king", "Big bad bitch, I'm the baddest", "Respect a bitch, I'm a maverick", "Call me your fucking diva"... Ashnikko s'érige en "bad bitch" charismatique faisant fi de l'opinion d'autrui - surtout s'il possède un pénis. "Je n'ai pas besoin d'un mec, j'ai besoin d'un rabbit", dit-elle, bruit de sex toy à l'appui, dans Deal With It. Philosophie qu'elle poursuit dans Drunk with my friends avec son audacieux "Pussy, pussy, my religion", abordant sa vision d'une sexualité libre avant de conclure dans Little Boy : "Il n'y a pas d'homme sur terre en qui j'ai confiance, tu peux garder l'image de mes fesses en souvenir".

Un tacle après l'autre, le sexisme ordinaire inhérent au rap testostéroné se transforme en jubilatoire misandrie. Et le punk à roulettes le plus basique en manifeste sororal : "Il n'a même pas essayé de la faire jouir / En plus de tout ça, il était un peu con / Honnêtement, elle était mieux seule", chante-t-elle encore en parodiant le hit Sk8er Boi. Avatar fantasque, rimes acerbes et imaginaire trash sont pour la jeune femme une manière comme une autre de célébrer l'émancipation des femmes - leur droit à disposer librement de leur corps, de leur temps, de leur vie. Elle en témoigne avec un dernier son qui se passe de commentaires : Clitoris! The Musical. Oui oui.

Bref, Demidevil est une réussite. Et assure à la chanteuse son sacre, public et critique. "La rappeuse fait un pas de plus vers la toute puissance pop qu'elle est capable d'atteindre", se réjouit le réputé magazine Pitchfork. Lui attribuant quatre étoiles sur cinq, le Guardian voit là "les débuts sans concessions d'une provocatrice pop innée, audacieuse et explicite". Un album indispensable donc, à écouter en levant le poing, à fond.

Et une star à suivre, vite.