Doit-on vraiment tout dire à la personne qui partage notre vie ?

Doit-on vraiment tout dire à la personne qui partage notre vie ?
Doit-on vraiment tout dire à la personne qui partage notre vie ?
Si la transparence est vue comme l'une des fondations principales d'un couple solide, plusieurs expert·e·s avisent le contraire. Pour vivre heureux, taisons une partie de nos expériences et secrets. Explications.
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Les confidences sur l'oreiller participent à bâtir une intimité précieuse. Plus on se dévoile, plus on se sent proche de celui ou celle qui partage notre vie. Et plus on se sent proche, plus on a tendance à se dévoiler.

Seulement, jusqu'où aller dans ce grand déballage de notre passé ? Faut-il réellement décortiquer chaque anecdote, chaque histoire, chaque rencontre, chaque erreur auprès de l'autre ? Lui expliquer en long en large et en travers la totalité des traumatismes d'enfance qui font ce qu'on est aujourd'hui ? Y a-t-il des faits que l'on aurait raison de vouloir garder pour nous ? A l'unisson, les expert·e·s répondent : oui.

"Les relations n'ont pas besoin d'être un livre ouvert complet", affirme Jonathan Bennett, coach en relations et en rencontres, au magazine Bustle. "Il y a certaines choses que vous pourriez vouloir garder privées parce que vous les trouvez embarrassantes ou regrettables, [ou] parce que votre partenaire ne voudrait tout simplement pas savoir." Exemple : cette fois où vous avez fini par embrasser le meilleur ami de votre copain un soir de trop de tequila. On ne juge pas.

L'autrice Sheri Stritof, elle, insiste dans les colonnes de VeryWellMind sur un point non négligeable : "Être honnête avec votre conjoint ne signifie pas nécessairement que vous devez partager avec lui toutes vos pensées, vos rêves, vos craintes ou vos fantasmes. En réalité, l'honnêteté peut être une arme à double tranchant dans votre mariage."

Pour tenter d'y voir plus clair dans cet océan de secrets à révéler ou pas, on a pesé le pour et le contre, et dessiné deux catégories : les vérités qui permettront à l'être aimé de mieux nous comprendre et nous connaître, et celles qui n'ajoutent pas grand-chose - si ce n'est des soupçons inutiles - à la relation. Bien sûr, il s'agit moins d'une énième injonction que de pistes de réflexion à adapter à son vécu perso. Après vous.

Parler pour se rapprocher

Parler pour se rapprocher.
Parler pour se rapprocher.

"Ce que je dis généralement à mes clients, c'est que l'établissement et le maintien d'une communication saine et solide est le facteur le plus déterminant pour la longévité et le succès de leur relation", assure la coache Anna Gonowon. "Cela implique en partie de favoriser la confiance, que vous pouvez établir en encourageant un environnement ouvert et sûr pour que vous puissiez tous deux être vulnérables l'un envers l'autre et vous soutenir pleinement." Ça semble tomber sous le sens. Mais pour quelles situations, exactement ?

La spécialiste conseille ainsi de confier ce qui a mené nos précédentes relations à se terminer, afin de ne pas recommencer les mêmes schémas si on tient à celle-là, mais aussi à s'épancher sur des sujets plus propres à sa santé mentale. Ses traumas, son histoire familiale, les craintes qu'elles engendrent, voire une anxiété coriace. Se livrer sur celle que l'on est, et ce qui nous a, au fil du temps, façonnée.

"Lorsque nous parvenons à cacher aux autres qui nous sommes vraiment, nous perdons le contact avec notre véritable Moi", développe auprès Psychology Today Linda Bloom, autrice de nombreux ouvrages et experte en la matière. "Lorsque nous nous dévoilons à au moins une autre personne, nous nous connaissons plus profondément - et cette connaissance intime de soi nous permet de faire des choix judicieux pour déterminer la direction que prendra notre vie."

Pour autant, il s'avérerait que toutes les vérités ne soient pas bonnes à dire. Même à notre partenaire.

Quand l'honnêteté n'est pas la meilleure politique

Tout dire à l'autre, vraiment ?
Tout dire à l'autre, vraiment ?

"Honesty is the best policy" scandent les Anglophones. Pas vraiment. Quel que soit notre motif, il est tout à fait légitime de ne pas vouloir tout dire, pointe Sheri Stritof. "Il existe des raisons valables de garder un secret pour votre conjoint·e. Vous ne devriez pas avoir à défendre le fait de ne pas révéler des moments embarrassants ou blessants de votre passé", martèle l'autrice.

Elle poursuit : "De nombreux couples mariés depuis longtemps ont des secrets personnels qu'ils ne partagent pas avec leur conjoint. Le sentiment d'espace et le sentiment d'une partie privée de soi sont importants pour beaucoup de gens." Le fameux "jardin secret" que l'on cultive et qui nous permet une indépendance mentale salutaire chez certain·e·s. Qui n'a rien à voir avec le mensonge, mais plutôt le besoin de se réserver, pour soi, des moments - clés ou non - de sa vie.

A ce sujet, les spécialistes conseillent à l'unanimité de ne pas particulièrement épiloguer sur ce que l'on adorait chez son ex, ou l'intimité physique que l'on entretenait. Confessions qui, finalement, pourraient créer quelques tensions. Qu'on se le dise, personne - ou presque - n'a envie de savoir quelles sensations notre cher·e et tendre ressentait au lit avant de nous rencontrer.

Pour ce qui est d'un potentiel adultère, là encore, à voir : "Libérer sa conscience, c'est un peu facile", estime à L'Express Alice de Lara. "D'une certaine manière, c'est une façon de se dédouaner et de faire endurer à l'autre ce poids que l'on n'arrive plus à porter." Elle ajoute toutefois : "Le dire présente l'avantage de réfléchir à cette situation de crise, de considérer cette infidélité comme un signal d'alarme, la preuve que quelque chose ne fonctionne pas dans le couple". On s'interroge donc : notre partenaire sera-t-il·elle davantage blessé·e en apprenant qu'on a menti ? Si oui, on parle.

Le tout, en fin de compte, c'est de juger ce qui relève de l'information essentielle à porter à ses oreilles, afin de faire grandir notre relation, et de ce qui ne ferait que l'entacher. En prenant sa personnalité comme la nôtre en considération, et nos priorités. A nous de jouer.