Le dîner très testostéroné des cas contacts d'Emmanuel Macron

Le président Emmanuel Macron à l'Elysée le 18 décembre 2020.
Le président Emmanuel Macron à l'Elysée le 18 décembre 2020.
Dans cette photo : Emmanuel Macron
Ils étaient carrément douze réunis autour de la table d'Emmanuel Macron lors du dîner privé à la suite duquel le président de la République s'est révélé positif au coronavirus. Douze cadres politiques, et douze mecs. Un monde d'après pas très inclusif.
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Ce jeudi 17 décembre, Emmanuel Macron a été testé positif au Covid-19. Une nouvelle qui a fait l'effet d'une bombe. Et a immédiatement fait jaser. En partie car on a rapidement appris que cette révélation médicale faisait suite à un rendez-vous pas très mesures sanitaires-friendly : un dîner organisé à l'Elysée en compagnie d'une dizaine de cadres politiques le 16 décembre. Parmi ces convives : "le Premier ministre Jean Castex, le secrétaire général de l'Elysée Alexis Kohler, le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand, le patron de LREM Stanislas Guerini et son homologue au MoDem, François Bayrou. Mais aussi, le chef de file des députés LREM, Christophe Castaner, et son homologue au MoDem, Patrick Mignola, ainsi que l'eurodéputé Stéphane Séjourné, le député Thierry Solère, le conseiller politique Maxance Barré et l'ancien conseiller spécial du président Philippe Grangeon", énumère Franceinfo.

Que des hommes donc autour de la table présidentielle durant ce dîner politique. Au total, ils étaient 12, soit bien plus que la limite permise par les mesures gouvernementales - le fameux "six adultes" maximum autorisé par l'Etat en raison de la pandémie de coronavirus. Si l'Elysée a rapidement assuré à la presse que la distanciation sociale avait été strictement respectée, et les gestes-barrières assurés, ce dîner fait couler beaucoup d'encre.

On pointait déjà du doigt la mise en avant d'experts exclusivement masculins pour traiter de la crise sanitaire et économique (en Une du "Parisien" notamment). Mais aussi la majorité masculine squattant les rangs du Conseil scientifique Covid-19, réunie à l'Elysée par le président de la République en personne lors du premier confinement national. Autant dire que cette réu testostéronée en diable ne déroge pas vraiment cette tradition.

Si loin du "monde d'après" - inclusif, égalitaire - que l'on aimerait tant voir se concrétiser, donc. Nombreuses ont d'ailleurs été les voix à le faire remarquer avec une bonne grosse dose d'ironie bien sentie.

Un sexisme d'Etat ?

"Les hommes ont plus de risques de développer des symptômes graves et représentent 60% des décès liés au Covid-19. Ce genre de dîner est donc super risqué ! La prochaine fois, alternez avec une femme sur deux : on est moins vulnérables et tout aussi smart", s'amuse par exemple Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des Femmes. Une dérision qui résonne à l'unisson sur les réseaux sociaux d'une voix féminine - et féministe - à l'autre.

"Les femmes étaient en cuisine ?", s'interroge en ce sens la députée européenne Aurore Lalucq. Une réflexion piquante qui nous renvoie à l'ironique formulation des députées Elsa Faucillon et Clémentine Autain, organisant une conférence éponyme en mai dernier : le coronavirus serait un "coronaviril", révélateur cinglant des disparités et discriminations qui caractérisent notre société, des classes populaires... au plus haut des sommets exécutifs.

La preuve avec ce curieux dîner entre mecs. "Soignantes, caissières, aide-ménagères, ouvrières : avec la pandémie de coronavirus, le voile se lève enfin sur ces bataillons invisibles, mais ce sont les hommes qui caracolent sur les plateaux télé ou dans les lieux de pouvoir", déplorait déjà la tribune sororale des députées. Difficile de mieux dire. A cela s'ajoute encore l'irrespect des mesures énoncées au sein desdits lieux. Ou comme l'énonce le fondateur de Mediapart Edwy Plenel : "Comment les Français suivraient des consignes sanitaires bafouées par leurs dirigeants ?".

Question rhétorique.

"Honnêtement, ça ressemblait plus à une conférence qu'à un dîner : je n'entendais même pas la personne en bout de table, tellement on était éloignés", proteste cependant l'un de ses participants auprès de Franceinfo. Il n'empêche, cette image de tête-à-tête "entre couilles" a de quoi faire grincer des dents - ou rire jaune, c'est selon. Surtout lorsque l'on se remémore l'usage décomplexé du lexique viriliste et guerrier par un Emmanuel Macron qui il y a un semestre de cela nous l'assurait encore avec conviction : "Nous sommes en guerre !". Contre l'égalité des sexes ?

"On observe une vision viriliste de la gestion des crises en France. Si l'on écoute les discours du président de la République, on perçoit ce rapport guerrier au pouvoir : on nous parle d'une sorte de conflit national où soignantes et caissières seraient en première ligne, et où les porte-paroles et décideurs qui s'expriment sur les plateaux sont majoritairement masculins", nous expliquait déjà la politologue Marie-Cécile Naves. CQFD.

Une façon de diriger très peu "démocratie féministe", et ça commence à se voir. "Outre l'hallu complet de ce dîner en plein couvre-feu, personne ne tique sur la quantité de couilles ? Toujours sympa de vérifier que les dîners politiques au plus haut sont exclusivement masculins", fustige enfin une internaute. Si si, on tique.