"Nous subissons ces violences aussi" : les femmes trans, grandes oubliées du 25 novembre

"Nous subissons ces violences aussi" : les femmes trans, grandes oubliées du 25 novembre
"Nous subissons ces violences aussi" : les femmes trans, grandes oubliées du 25 novembre
Dans un post Instagram publié au lendemain de la Journée internationale de l'élimination des violences à l'égard des femmes, la militante Lexie interpelle : les femmes trans sont les grandes oubliées du 25 novembre. Pourtant, elles sont également victimes de ces violences.
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"Le 25 novembre, c'est la journée de lutte contre les violences sexistes et sexuelles", entame Lexie, activiste pour les droits et la visibilité des personnes trans et/ou non-binaires sur son compte Instagram. "Une journée évidemment nécessaire", poursuit-elle, rappelant que depuis début janvier, 87 femmes cisgenres ont été tuées par leur conjoint ou ex conjoint, qu'une femme cisgenre sur 5 connaît du cyber-harcèlement à partir de ses 15 ans, que 99 % des filles cisgenres de 14 à 24 ans ont déjà subi du harcèlement de rue. "Des chiffres parlants contre lesquels trop peu d'actions sont menées", dénonce-t-elle. Et qui sont "révélateurs d'une culture du viol, d'un problème sociétal."

Elle soulève toutefois un autre fléau : le sort des femmes trans, largement invisibilisées, qui elles aussi subissent des violences terribles.

"[Ces chiffres] sont aussi parlants parce qu'ils excluent les femmes trans. Et je suis profondément en colère", lance-t-elle. "Si les solutions menées pour les femmes cisgenres sont évidemment nécessaires, l'abandon de notre groupe sociologique dans les différentes initiatives des associations et médias à l'occasion de cette journée institutionnalisée est choquante alors que les femmes trans sont tout autant victimes de ces violences et qu'elles sont encore plus invisibilisées."

"L'abandon est total"

Lexie souligne notamment que "le décompte des féminicides tel qu'il existe aujourd'hui est entièrement cis et hétéronormé. Il ne permet pas de parler dans le cadre d'institutions féministes de la mort ou des violences subies par les femmes trans au même titre que celles subies par les femmes cisgenres." Elle déplore l'absence totale "d'initiative inclusive" de la part des associations.

"En France aujourd'hui, les femmes trans sont refusées de certains centre d'accueils pour victimes de violences sexuelles sous prétexte de leur biologie", condamne l'activiste. "L'abandon est total. On utilise nos apparences, nos passing (le passing réfère à la capacité d'une personne à être considérée, en un seul coup d'oeil, comme une personne cisgenre, ndlr), nos sociabilisations passées pour tenter de justifier une transphobie, une non volonté de nous inclure et d'écouter nos violences".

Elle martèle : "Les femmes trans sont oubliées. Cet oubli ne fait que renforcer notre isolement et la normalisation des violences et traitements déshumanisants dans nos quotidiens." Car depuis cinq ans, insiste Lexie qui cite notamment SOS Homophobie, les violences queerphobes sont en constantes augmentation. "13 % des agressions queerphobes sont à caractère sexiste et sexuel ; une donnée non ignorable. En 2013, un rapport au conseil de l'Europe alarmait sur les viols dits 'correctifs et punitifs' subis par les enfants et adolescents trans après leur coming out à leur famille ou cercles scolaires. Mais les chiffres restent rares, la collecte de données communautaire étant vécue comme non nécessaire ou tabou en France".

La jeune femme fustige : "La conséquence est claire : nous restons dans l'ombre avec les violences que nous subissons et leur vocalisation est toujours plus difficile."

Un manque de représentation dangereux

"Je suis en colère", répète Lexie. "Une colère de victime de ces violences, qui ne se sent pas représentée. Qui a l'impression que ses traumas, le besoin d'aide que j'ai pu avoir après ces violences est négligeable parce qu'elle serait perçue comme marginale. Outre le discours implicite sur la légitimité de nos identités, c'est tout un processus de reconstruction qui nous est retiré, qui est ralenti, abandonné à la résilience ou à un seul effort communautaire sans percevoir le besoin de convergence."

"Je suis en colère d'apprendre au fil de conversations confidentielles que mes autres amies transféminines ont elles aussi vécu ces violences sans oser en parler. Fatiguée qu'on oublie de parler de nous, de nous inclure alors que la convergence est évidente. Comme elle existe avec les travailleuses du sexe à qui on nie la reconnaissance des violences qu'elles vivent, comme si leur travail les rendaient coupables."

Un micro-sondage révélateur

Sur 360 femmes trans et personnes transféminines répondantes, la moitié a déjà subi des attouchements et autres actes d'agression physique à caractère sexuel.
Sur 360 femmes trans et personnes transféminines répondantes, la moitié a déjà subi des attouchements et autres actes d'agression physique à caractère sexuel.

Sur son compte Instagram, elle a d'ailleurs lancé un sondage pour appuyer ses propos, et estimer à quel point ces violences sont fréquentes. Les résultats sont édifiants et, même s'ils ne permettent qu'un "aperçu très limité du sujet", "offrent des clés de lecture d'un problème sociétal largement invisibilisé".

Ainsi, parmi les répondantes (des femmes trans et personnes transféminines, précise-t-elle, dont le nombre varie entre 360 et 197 entre la première et dernière question), 50 % ont déjà subi des attouchements et autres actes d'agression physique à caractère sexuel.

57 % ont déjà été suivies, interpellées ou menacées par une personnes dont les intentions étaient manifestement sexuelles. 60 % ont déjà ont déjà subi du cyber-harcèlement en raison de leur identité de genre ; soit avec des motifs sexuels soit transphobes. 68 % ont déjà vécu une forme de fétichisation sexuelle en public ou en privé, du fait de leur identité. Et 71 % perçoivent dans leur quotidien une superposition de violences transphobes et sexistes.

A ces premières questions s'en ajoutaient deux autres, qui "cherchaient à cerner la façon dont sont vécues ces violences dans un rapport militant, politique, social". Là encore, les chiffres parlent d'eux-mêmes. 60 % des personnes répondantes ont peur de s'exprimer à propos des violences qu'elles peuvent subir par crainte de remises en question ou de transphobie, analyse Lexie. Et 78 % estiment que les structures féministes ne sont pas suffisamment à l'écoute des femmes trans et personnes transféminines.

Pourtant, l'activiste l'affirme : "Le patriarcat et la culture du viol méprisent l'expression de la moindre forme de féminité, quel que soit le genre des personnes. Le patriarcat et la culture du viol ont indistinctement les mêmes gestes destructeurs qu'on soit cisgenre ou trans." Et Lexie de conclure : "La convergence des violences est évidente. S'il n'existe pas de convergence des solutions, de l'empathie, ce seront toujours les mêmes groupes qui seront dans l'ombre. Il s'agit d'un enjeu majeur de nos luttes. Un enjeu moral."

Un appel urgent qui doit être entendu.