Elles dénoncent le harcèlement de rue en BD : nous les avons rencontrées

Féministival : on a rencontré Julie Clavier (à gauche) et Claire Gosnon (à droite), autrices d'une BD sur le harcèlement
Féministival : on a rencontré Julie Clavier (à gauche) et Claire Gosnon (à droite), autrices d'une BD sur le harcèlement
Pour éveiller les consciences, Julie Clavier et Claire Gosnon ont créé une bande-dessinée haute en couleurs et remplie d'humour qui compile les témoignages de femmes et leurs solutions pour combattre le harcèlement de rue. Nous les avons rencontrées au Féministival à Paris.
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Samedi 29 septembre et dimanche 30 septembre s'est tenue la deuxième édition du Féministival à la Bellevilloise (Paris 20e). Deux jours de tables rondes, de spectacles et de performances ponctués de moments forts, comme la table ronde avec les artistes Romy Alisée, Orlan et Rebecca Chaillon, le Caféminisme avec Rokhaya Diallo ou encore la représentation de la pièce féministe et déjantée "Mon Olympe", de la Compagnie des Mille Printemps.

Entre deux événements de cette programmation très riche, les visiteurs et les visiteuses ont pu découvrir une librairie 100% féministe située à l'étage. Nous y avons rencontré Claire Gosnon et Julie Clavier, autrices de la bande-dessinée "Liberté, égalité, fous-moi la paix" sur le harcèlement de rue parue en mars dernier chez Atlandes Eds. Claire est illustratrice et autrice du blog Goujat Mode d'emploi. Autrice, Julie est également membre de l'association Les Effronté·es depuis 4 ans.

Toutes deux Parisiennes, Julie et Claire font partie des 100% des femmes qui ont déjà subi du harcèlement dans les transports publics. Les deux jeunes femmes nous ont raconté comment elles ont eu l'idée de créer leur bande-dessinée et se sont prêtées à notre questionnaire Girl Power.

"Liberté, égalité, fous-moi la paix", Julie Clavier, Claire Gosnon
"Liberté, égalité, fous-moi la paix", Julie Clavier, Claire Gosnon

Vous êtes des femmes et vous vivez à Paris, donc vous avez déjà subi du harcèlement de rue...

Julie Clavier : Malheureusement oui, l'idée de faire la BD est même venue de là. Ça fait des années avec Claire que lorsque qu'on va boire un verre, on se fait régulièrement embêter. Plus les villes sont grandes, plus il y a du harcèlement. C'est sans doute une question de proportionnalité : plus il y a d'habitants, plus le nombre de relous augmente [rires].

Claire Gosnon : J'imagine que cela dépend des villes, mais moi qui ai grandi en Normandie je vois clairement une différence depuis que j'habite à Paris. Cela fait pas mal de temps que l'on se connaît avec Julie [10 ans] et on se rejoint sur de nombreuses thématiques, dont le féminisme bien sûr. En discutant ensemble, Julie a eu l'idée de recueillir des témoignages de femmes qui ont vécu du harcèlement de rue. Elle m'a proposé de mettre en images les témoignages recueillis et les trucs et astuces des femmes qui nous ont parlé.

J.C : L'idée était de demander à ces femmes de raconter le moment où elles se sont faites harceler, où elles ont osé répliquer et où cela s'est bien passé. Tout ça dans le but d'obtenir des solutions qu'on peut ensuite proposer à nos lectrices et à nos lecteurs.

Votre BD est assez drôle malgré le sujet...

J.C : Il y a déjà eu des BD sérieuses et très intéressantes sur le harcèlement de rue. On voulait simplement mettre en avant les femmes qui le subissent quotidiennement et leurs réponses. Quand on voit les superbes florilèges des répliques masculines collectionnées par le projet participatif Paye Ta Shneck, on se dit que les mecs vont super loin et que ce sont des "grands poètes". On a donc voulu montrer que les femmes ont le même répondant et la même imagination.

Avez-vous mis en application quelques stratagèmes cités dans les témoignages que vous avez recueillis ?

C.G : On en a testé quelques-uns oui, mais certains venaient déjà de nous ! Celui que j'utilise le plus c'est celui de la grimace. Rapide et efficace, on s'attarde pas et on trace sa route !

J. C : On a eu un témoignage d'une femme qui expliquait que quand elle croise un mec relou qui lui dit : "hé t'es mignonne mademoiselle, etc", le truc imparable, c'est de se mettre le doigt dans le nez. Et effectivement, ça marche ! Ça déstabilise le gars, et en général, il part. Bon, après c'est vrai qu'il faut avoir l'idée de le faire sur le moment.

Comment les hommes ont-ils perçu votre BD ?

J.C : C'est marrant parce que j'ai des copains qui sont de gros machos mais qui ont été intéressés par notre BD, sûrement parce que ce sont des dessins accessibles et joyeux. Le fait de voir l'accumulation des témoignages leur a fait prendre conscience que "ah ouais finalement le harcèlement, c'est pas un truc anodin". Pendant la séance de dédicaces, il y avait des jeunes garçons de 14-20 ans qui avaient un discours super mature et qui achetaient la BD.

C.G : C'était effectivement assez surprenant de voir à quel point ils se sentaient concernés et étaient conscients de ce problème. C'est d'ailleurs plutôt bon signe pour les futures générations je pense.

Avez-vous prévu de recueillir d'autres témoignages ?

C.G : Pour l'instant, le groupe Facebook est toujours actif. On a pas encore planché sur une nouvelle BD, mais on ne se ferme pas la porte. Peut-être aussi qu'on se lancera dans un nouveau projet féministe mais avec une autre thématique que le harcèlement de rue !

Liberté, égalité, fous-moi la paix
Liberté, égalité, fous-moi la paix

Leur interview "Girl Power" :

Pourquoi êtes-vous féministes ?

J.C : Tout simplement parce qu'on veut l'égalité entre les femmes et les hommes. Et le respect dans les deux sens.

C.G : Je répondrais la même chose car il faut que l'on défende nos droits. Toutes les femmes devraient être féministes !

Les trois femmes qui vous ont le plus inspirées dans votre vie ?

C.G : Simone Veil, qui est quand même une survivante de la Shoah et pour son combat pour le droit à l'IVG, entre autres.

Rosa Parks, qui est une figure emblématique de la lutte antiségrégationniste qui a tenu tête dans le bus pour ne pas céder sa place face à des hommes blancs...

Et Pénélope Bagieu, illustratrice bedeïste et féministe engagée. Sa dernière BD Les Culottées parle de femmes fortes et souvent méconnues qui auraient gagné à être connues.

J.C : Ma mère, parce qu'elle n'en fait qu'à sa tête et qu'elle se fout des préjugés, y compris les préjugés masculinistes. Elle a 72 ans, et récemment elle va gravir un mont au Népal. En un mot, elle ose.

Ensuite, Julie Bertucelli réalisatrice de documentaires et présidente de la Scam. Elle travaille sur des sujets sérieux et engagés et a vraiment dû se battre pour faire ce qu'on considère malheureusement comme des "films d'hommes", parce que quand on est une femme, on vous propose plus souvent de réaliser des comédies à l'eau de rose que des documentaires.

Et enfin, Angela Merkel, parce que c'est une femme qui dirige l'un des plus grandes puissances au monde et qui ne se laisse jamais démonter lors des débats politiques.

L'héroïne de série dont vous êtes fan ?

C.G : Michonne, de The Walking Dead. Elle hésite pas, elle se pose pas de question, elle y va, elle ose !

J.C : Dans la série Orange is The New Black, j'aime bien le rôle de Sophia Burset, une transxuelle qui s'assume et qui se défend.

L'héroïne de fiction que vous adoriez enfant ?

C.G : J'aimais bien les Cat's Eyes quand j'étais petite. Elles étaient combattantes, elles n'avaient pas froid aux yeux.

J.C : Je ne regardais pas beaucoup de séries en dehors de quelques manga et des Tortues Ninja !

Cat's Eyes

Le truc qui vous révolte le plus en tant que femmes ?

C.G : Le machisme. On ne laisse pas assez les femmes s'exprimer.

J.C : Moi, ce qui m'énerve c'est qu'on a acquis des droits comme par exemple l'avortement, et c'est comme s'il fallait tout débattre, réexpliquer des choses évidentes.

L'avancée en matière de droits des femmes que vous attendez encore ?

J.C : J'aimerais que tous les services publics soient mieux formés pour recevoir les victimes de viol et d'agression sexuelle lorsqu'elles portent plainte. J'ai déjà accompagné des femmes dans cette situation et l'accueil était vraiment déplorable.

C.G : L'égalité salariale !

La chanson que vous écoutez pour vous booster ?

J.C : This Girl is on Fire, d'Alicia Keys.

C.G : Express Yourself, de Madonna.

Votre dernier moment badass ?

C.G : J'ai un sac en toile sur lequel est écrit "Liberté, égalité, fous-moi la paix". Quand je suis dans le métro, et que les hommes me jettent des regards pervers ou un peu trop insistant, je mets mon sac bien en évidence devant moi. J'avoue que dans ces moments, je me sens particulièrement forte.

J.C : L'autre jour, j'étais dans le métro et il y avait un mec qui insultait deux filles. J'ai pris mon courage à deux mains et j'ai osé aller le voir pour lui demander d'arrêter. Je lui ai dit que je n'aimais pas entendre les insultes. Le mec est vite devenu relou mais avant il m'a dit : "Oui, oui t'as raison". Donc, j'étais donc plutôt contente.