Pourquoi les chaussures de la candidate démocrate Kamala Harris font-elles tant parler ?

Kamala Harris, un style tout en détente.
Kamala Harris, un style tout en détente.
Révolution féministe ou simple coup de com' ? Des réseaux sociaux aux médias, les Converse fétiches de la future (potentielle) vice-présidente Kamala Harris suscitent fascination et perplexité. Preuve en est que la mode est évidemment politique. Et inversement.
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Kamala Harris n'en finit pas de défrayer la chronique. Celle qui pourrait devenir la première vice-présidente noire de l'Histoire des Etats-Unis - en cas de victoire de Joe Biden - ne fascine pas simplement les tabloïds à cause de son couple (une pépite sexiste qui obnubile la presse people), non, son look également fait couler de l'encre. Ses chaussures, plus précisément. Le style ? Sportives, légères, stylées : lors de sa dernière visite dans la ville de Milwaukee, la politicienne a jeté son dévolu sur des Converse - le modèle Chuck Taylor, pour les connaisseur·e·s.

Un "fashion bon pas" salué par le Washington Post, qui se permet un intéressant éloge. A en lire le journal, Harris dénoterait dans le paysage politique américain en privilégiant le "cool" populaire à la garde-robe habituellement plus "distinguée" et exigeante des représentant·e·s du peuple. Ce qui découle des photos largement relayées sur les réseaux de la candidate en Converse ? "Un sentiment de jeunesse, d'énergie et de forme physique, de quoi rassurer les électeurs sur la capacité de la candidate", suggère le média. Rien que ça.

Bref, Alexandria Ocasio-Cortez nous l'affirmait déjà, et ça se vérifie : la mode est politique et peut exprimer une forme de modernité - en apparence. Ce journaliste de mode américain voit d'ailleurs le geste de Kamala Harris comme le signe d'un renouveau, à savoir "la mort des chaussures à talons hauts".

Du fashion sensationnel

Kamala Harris, égérie de Converse ?
Kamala Harris, égérie de Converse ?

Et des médias aux réseaux, force est de constater que cette stratégie de communication fait son petit effet. Stratégie de com', oui, car la principale concernée n'hésite pas à mettre en avant ses Converse comme elle le ferait de son masque sur Instagram. Et l'espace d'une vidéo visionnée plus d'un million et demi de fois, elle en fait même son slogan politique : "Lacée et prête à gagner !". Pendant ce temps, dans les pages du Washington Post, on précise avec enthousiasme que la candidate "a des Chucks blancs, mais aussi des Chucks blanc cassé, des Chucks noirs, et a même fait allusion à une paire à paillettes qu'elle n'a pas encore arboré". Sacré défilé.

Un angle d'attaque sneakers-friendly qui ne plaît pas à tout le monde. Jamais à court de "feminism washing", les pro-Trump s'en donnent à coeur joie pour fustiger le reportage du Washington Post, tel que le relate ce reportage de la (très peu anti-Trump) chaîne Fox News. Jenna Ellis, conseillère juridique de la campagne Trump, y va de sa critique bien sentie : "C'est drôle comme les 'libs' [les libéraux, ndrl] ont le droit d'insister sur les choix vestimentaires de leurs chouchous, mais si un conservateur fait simplement allusion au look d'une femme, alors nous devenons des bigots sexistes. #DoublesStandards ". Quand une stratégie politique en remplace une autre...

Mais l'on s'en doute, ce ludisme stylé ne déplaît pas à tout le monde. Sur Twitter, il en réjouit même beaucoup, qui voient là un choix militant. Comme cette internaute, qui l'énonce : "Chère Kamala Harris, merci. Merci de porter des chaussures confortables et de n'avoir absolument aucune honte à le faire. Les talons hauts causent une douleur intense, sont sexistes, meurtrissent les femmes et devraient être jetés à la poubelle de l'histoire".

Un pop-féminisme que ne renieraient pas certaines spécialistes. Pour l'historienne Christine Bard, les chaussures à talons hauts témoignent comme tant d'autres modes "qu'à travers les époques, on a souvent observé la volonté de contrôler le pied des femmes et leur mobilité", expliquait l'experte aux Inrocks. A l'inverse, les sneakers seraient le signe d'une libération. D'une révolution ? Ça, l'avenir nous le dira...