La discrimination capillaire est (enfin) interdite en Virginie

La discrimination capillaire interdite en Virginie aux Etats-Unis
La discrimination capillaire interdite en Virginie aux Etats-Unis
La loi interdisant la discrimination capillaire (ou "Crown Act") vient d'entrer en vigueur dans l'Etat de Virginie. Une mesure qui pourrait faire boule de neige.
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C'est un mouvement qui prend de l'ampleur : en mars dernier, l'Etat de Virginie devenait le premier Etat du sud des Etats-Unis à voter le "Crown Act", la loi qui interdit la discrimination capillaire dans les écoles, au travail et les lieux publics. Après la Californie, New York et le New Jersey l'an dernier, la loi est donc entrée en vigueur ce mercredi (1er juillet) dans cette région traditionnellement conservatrice, marquant un pas décisif dans la lutte antiraciste et insufflant un élan d'espoir.

"Les cheveux sont un élément central de l'identité d'une personne", a rappelé la déléguée démocrate Delores McQuinn, qui a soutenu la loi. "Personne ne devrait être discriminé à cause de ses cheveux."

Le gouverneur de Virginie, Ralph Northam, a quant à lui souligné que punir des enfants à l'école ou des employés sur leur lieu de travail en raison de leurs cheveux (comme les tresses, les dreadlocks ou les "twists" détaille la loi) était "non seulement inacceptable et injuste" mais "en inadéquation avec les valeurs que nous défendons en Virginie."

La question de la discrimination capillaire- et les micro-agressions quotidiennes, insultes racistes et l'ostracisme social qu'elle génère- a pris de plus en plus d'importance dans le débat public ces derniers mois, mis en lumière par plusieurs affaires qui ont ulcéré l'opinion. Le cas de DeAndre Arnold avait ainsi marqué les esprits : ce lycéen texan noir s'était vu refuser sa remise de diplôme à cause de ses dreadlocks. Une exclusion qui avait suscité l'indignation au point que le réalisateur du formidable court-métrage Hair Love, Matthew A. Cherry, avait invité le jeune homme à la cérémonie des Oscars 2020. Dans ce petit film- récompensé par la statuette du meilleur court-métrage-, un père afro-américain apprend à sa petite fille à aimer et célébrer ses cheveux crépus.

"Le Crown Act est un problème très important", avait déclaré le réalisateur lors de son discours. "Nous pouvons aider à le faire voter dans tous les 50 Etats, ce qui empêcherait des histoires comme celle de DeAndre Arnold d'arriver."

Alors que le Texas réfléchit justement à voter cette loi, tout comme le Tennessee et la Géorgie, aucun autre Etat du sud n'a encore sauté officiellement le pas. La Virginie fait donc figure de précurseuse au moment même où le mouvement Black Lives Matter, la lutte contre le racisme systémique et les violences policières sont au coeur de l'actualité après le meurtre de George Floyd le 25 mai dernier à Minneapolis.

Un grand pas pour les personnes noires comme Carmen Davis, coiffeuse spécialisée dans les cheveux naturels dans la ville de Richmond en Virginie, qui applaudit cette décision. "La société dans son ensemble juge les cheveux des Afro-Américains, et ici, cela reste rare que les Noirs adoptent les cheveux crépus à cause de la peur du jugement ou de la fatigue d'avoir à expliquer", confie-t-elle au Guardian.

Ce vendredi 3 juillet marquera le "National Crown Day", célébrant le premier anniversaire de l'adoption du Crown Act en Californie. L'occasion pour les militant·e·s de rappeler le droits des Afro-Américain·e·s à arborer leurs cheveux au naturel sans craindre les discriminations et à appeler les autres Etats à adopter cette mesure impérieuse pour l'égalité.