Réduire le sexisme au travail ? L'armée norvégienne a (peut-être) la solution

Réduire le sexisme au travail ? L'armée norvégienne a (peut-être) la réponse
Réduire le sexisme au travail ? L'armée norvégienne a (peut-être) la réponse
Et s'il fallait, pour en finir avec les comportements sexistes au travail, se décider à ramper dans la boue pendant qu'un sergent-instructeur nous hurle dessus ? C'est ce qu'affirme un groupe d'économistes comportementaux de l'Université d'Oslo qui a mené son étude au sein d'un camp d'entraînement de l'armée norvégienne.
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Courir en rangers et en treillis militaire, se plier à des exercices physiques laborieux, le tout sous le regard inquisiteur d'un sergent-instructeur pourrait bien, selon des économistes comportementaux de l'Institut pour la recherche sociale et de l'Université d'Oslo en Norvège, réduire significativement le sexisme qui sévit dans le monde de l'entreprise.

Pour parvenir à cette surprenante conclusion, les chercheurs ont étudié le comportement de soldats des forces spéciales norvégiennes dans un camp d'entraînement. Au début de leur formation, les soldats ont été répartis au hasard dans deux chambres : l'une entièrement masculine, et l'autre mixte. L'objectif de l'expérience : que les soldats passent la majeure partie de leur temps avec leurs colocataires. Tous avaient pour obligation de porter les mêmes uniformes. Ils exerçaient conjointement les mêmes tâches comme le nettoyage de leur chambre pour l'inspection. Aucun n'était autorisé à dormir à l'extérieur de la base militaire.

Huit semaines après le début de l'expérience, les chercheurs ont débuté leur expérience. Il a été présenté aux soldats une fausse candidature d'un candidat postulant comme chef d'escouade. Certains des soldats ont reçu la candidature d'une femme, d'autres d'un homme. Après examen, il leur a été demandé d'évaluer le candidat sur une échelle allant de 1 à 6.

Une vision positive du leadership féminin

Comme on aurait pu s'y attendre, la majorité des candidats a attribué à la candidate une note inférieure à son homologue masculin. À une exception : "Ceux qui ont vécu et travaillé avec les femmes ne les discriminaient pas", explique à Quartz le co-auteur de l'étude Gaute Torsvik.

Le chercheur a constaté que certains préjugés des hommes sur les femmes au travail avaient tout simplement disparu après avoir travaillé en groupe mixte. Mieux : en évoluant au contact de recrues féminines, les soldats ont désormais une perception positive du leadership féminin. "Nous ne nous attendions pas que les résultats aussi positifs", affirme Gaute Torsvik.

Selon les chercheurs, les résultats pourraient avoir des répercussions sur le monde du travail, où de nombreuses femmes ont encore aujourd'hui le sentiment d'être discriminées en fonction de leur sexe. En décembre 2013, une enquête menée par l'institut de sondage LH2 pour le CSEP avait montré que 81% des femmes et 59% des hommes considéraient être "régulièrement confrontées à des attitudes ou des décisions sexistes" sur leur lieu de travail. Pour 93% des femmes interrogées, ces manifestations sexistes "peuvent modifier le comportement des salariés". Elles étaient 92% à estimer qu'elles "ont un impact sur la confiance en soi" et qu'elles "déstabilisent le travail de ceux qui les subissent".

Outre les "attitudes sexistes", les femmes voient aussi leur carrière irrémédiablement bloquée par le plafond de verre qui persiste dans le monde de l'entreprise. En 2013, elles étaient seulement 14% à accéder aux postes de direction. À poste et compétences égales, les femmes continuent par ailleurs de gagner 9,9% de moins que leurs homologues masculins.