Un an après le Grenelle des violences conjugales, les associations tirent un bilan mitigé

Le gouvernement face aux violences conjugales : et aujourd'hui ?
Le gouvernement face aux violences conjugales : et aujourd'hui ?
Cela fait un an qu'a été initié le Grenelle des violences conjugales, source de propositions visant à prévenir aussi bien les agressions que les féminicides. Mais à l'heure du "monde d'après", qu'en est-il ? Les associations font le bilan, et il n'a rien d'une victoire.
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"Un bilan contrasté". "Un bilan mitigé". "Des décisions contre-productives". Elles sont sans ambiguïté, ces sentences des associations Solidarité Femmes et Fondation des Femmes à propos du Grenelle des violences conjugales. Le Grenelle, c'est cette initiative lancée il y a pile poil un an par l'ancienne secrétaire d'Etat chargée de l'égalité femmes/hommes Marlène Schiappa. A l'occasion de cet "anniversaire", le ministère chargé de l'Egalité, désormais mené par Elisabeth Moreno, a réuni les 11 groupes de travail qui constituent le Grenelle afin de faire un point sur "l'état d'avancement" des 46 mesures déployées l'an dernier par ce projet. Au sein de ces groupes ? Des associations, des actrices et acteurs de terrain, mais aussi les familles de victimes.

Souvenez-vous : en novembre 2019, les associations féministes avouaient déjà leur "déception" à l'annonce desdites mesures. A savoir ? Repenser l'accueil et le système de protection des victimes de violences, ainsi que la formation au sein des commissariats, intégrer des psychologues au sein des commissariats, assurer une concertation plus nette entre les associations, les forces de l'ordre et les magistrats, augmenter le nombre de places au sein des centres d'hébergement et le nombre d'intervenants sociaux aux côtés des forces de l'ordre.

Mais aussi, distribuer davantage de bracelets "anti-rapprochements" (destinés aux auteurs de violences), lever le secret médical concernant les victimes de violences conjugales et sensibiliser les enfants au principe d'égalité des sexes (par le prisme de l'Education nationale). Parmi ces mesures, des idées nécessaires, comme l'inscription au sein de la loi française du "suicide forcé" : quand le harcèlement moral du conjoint ou ex conjoint aboutit à une finalité tragique pour la victime. Mais aussi, des énoncés d'actualité, comme la mise en avant du bracelet anti-rapprochement, dont Marlène Schiappa avait promis le déploiement en septembre.

Sur le papier, des ambitions salutaires. Et concrètement ? 46 mesures adoptées dès le mois de novembre 2019, et parmi elles, 17 réalisées et la moitié "en cours de réalisation", dixit un communiqué du ministère. Mais là encore, rien de très réjouissant. "S'il faut saluer que deux tiers des annonces ont été mises en place ou engagées, les mesures les plus coûteuses, comme le financement de nouvelles structures dédiées à la prise en charge sanitaire psychologique et sociale des femmes victimes, restent encore en suspens", déplorent de nombreuses associations, comme la Fondation des femmes, le Planning familial et le Centre Hubertine Auclert.

Les failles du Grenelle

L'an dernier déjà, les associations déployaient un bilan des plus "modéré". "Un grand nombre des mesures proposées existent depuis des années, comme la formation des professionnels et des enseignants (prévue depuis 2010), les mesures de prévention, la présence des psychologues au sein des commissariats, la dérogation du secret médical, déjà possible depuis 2010 (en cas de danger de mort pour la patiente)", nous expliquait alors Laura Jovignot, membre du collectif Nous Toutes. Or pour la militante, "ces mesures ont jusque là été inefficaces".

Las, en ce début septembre, rien de neuf sous le soleil. Surtout après le confinement, cette situation exceptionnelle qui a donné lieu à une augmentation des violences conjugales en France, et durant laquelle les collectifs ont pu observer d'évidentes failles au sein du système. Le manque de places au sein des centres d'hébergement par exemple (le Premier ministre en a annoncé 1000 supplémentaires cette semaine pour répondre aux critiques des associations), l'absence de prise en considération des enfants des victimes, ou encore le fait de ne pas proposer suffisamment de solutions "discrètes" de signalement des violences pour les principales concernées.

Par ailleurs, la mise en place du numéro d'urgence 3919 24 heures sur 24, qui devait être opérationnelle d'ici la fin 2020, est reportée au printemps 2021.

Et à cela, il faut encore ajouter un point, majeur quand il est question du traitement des violences et des féminicides : les moyens déployés. Le budget, en somme. Là encore, c'est la déception. A l'heure du "monde d'après", les associations déplorent que le gouvernement ait privilégié l'adoption des mesures législatives "ne nécessitant pas de moyens supplémentaires".

"Les associations insistent sur le besoin d'un suivi appuyé et transparent sur leur mise en oeuvre. Il est essentiel de mettre les moyens contre les violences faites aux femmes pour mieux prévenir et protéger !", poursuit le communiqué de la Fondation des Femmes.

A l'heure des "réunions de travail" d'Elisabeth Moreno, lesquelles devraient avoir lieu toutes les six semaines (comme l'indique Le Monde), ces problématiques ne doivent pas être passées sous silence. D'autant plus que le Ministère promet déjà l'énoncé de nouvelles propositions. Alors qu'un communiqué du Ministère nous promet noir sur blanc que la lutte contre les violences conjugales "est une priorité du Président de la République et de son gouvernement", et dans l'attente d'un prochain bilan (le 25 novembre 2020), les associations féministes, de leur côté, le rappellent volontiers : "Les vies de femmes et parfois de leurs enfants sont en jeu". A bon entendeur.