Le Covid a provoqué un boom de la congélation d'ovocytes

Le Covid a provoqué un boom de la congélation d'ovocytes
Le Covid a provoqué un boom de la congélation d'ovocytes
Aux Etats-Unis, plutôt qu'un baby boom, la pandémie de Covid-19 a déclenché une hausse de congélation d'ovocytes dans de nombreuses cliniques spécialisées. Une façon d'être sûre d'avoir le temps et de protéger sa fertilité, d'après les premières concernées.
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Le Covid-19 a chamboulé bien des projets de vie. Et celui de fonder une famille ne fait pas exception. Devant l'incertitude de leur situation actuelle et future, de nombreuses Américaines ont ainsi décidé de mettre toutes les chances de leurs côtés, en recourant à la congélation de leurs ovocytes.

Cette procédure permet de prolonger la fertilité. Techniquement, elle consiste à prélever plusieurs ovules du corps d'une femme et à les congeler par vitrification (en les incubant dans une solution cryoprotectrice avant de les plonger directement dans l'azote liquide à - 196°C). Celle-ci pourra ensuite décider de les féconder et de les implanter dans son utérus plus tard, lorsqu'elle souhaite procréer. Une technique médicale coûteuse (environ 12 500 euros outre-Atlantique), qui implique aussi un lourd traitement hormonal pour la première concernée.

En 2020, le Langone Fertility Center, qui appartient à l'université de New York (NYU), a enregistré une hausse de demandes de congélation d'ovocytes de 41 % par rapport à 2019, bien qu'elle ait fermé ses portes durant trois mois pendant le confinement. Pour son directeur, James A. Grifo, cette accroissement traduit un besoin pour les patientes de se rassurer, mais aussi de retrouver une sorte de contrôle à un moment où tout semble leur échapper.

"[Beaucoup de femmes] voulaient faire quelque chose pour protéger leur fertilité, alors elles ont congelé des ovules pour pouvoir dire : 'D'accord, je ne peux pas tomber enceinte maintenant. J'ai peur de ce virus, mais je vais faire quelque chose'", analyse-t-il auprès de The Lily.

"Le pouvoir de choix est incroyable"

C'est le cas de Rochelle Gapere, 39 ans, notamment. Coach en développement personnel née en Jamaïque, elle explique au média comment la crise sanitaire a changé sa façon de voir les choses, et l'a poussée à prendre cette décision pour éviter de faire un enfant avec la première personne venue. "J'ai toujours eu confiance en moi, mais je suis soulagée de pouvoir, à l'approche de la quarantaine, sortir avec quelqu'un et apprendre à le connaître de manière naturelle sans la pression de mon horloge biologique", confie-t-elle.

Dans cette période mouvementée, elle admet qu'entamer ces démarches lui permet de se sentir en contrôle. "Le Covid me fait vivre de manière plus intentionnelle", estime Rochelle Gapere. "Je suis tellement reconnaissante de ne pas avoir à succomber aux contraintes temporelles de la société ou à être avec quelqu'un qui ne me mérite pas, juste pour avoir un enfant. Le pouvoir de choix est incroyable".

Même constat pour Becca Kufrin, 30 ans, ancienne candidate de l'émission télévisée Bachelor, en 2018, qui s'est séparée de son compagnon pendant la quarantaine, et a sauté le pas peu après. "Je pense que ce qui m'a vraiment poussée à aller de l'avant, c'est le fait que je viens de sortir d'un engagement de deux ans", estime-t-elle. "Nous vivions ensemble et nous cochions toutes les bonnes cases. Mais maintenant que je suis sortie de cette relation et que je ne sais pas quand je serai dans une relation assez sérieuse pour fonder un jour une famille, pourquoi ne pas franchir ce pas ? Je suis une femme indépendante. J'ai les moyens de le faire maintenant, en ce moment, pour moi-même".

En France, l'autoconservation de gamètes et ovocytes est aujourd'hui encore réservée à certaines femmes, atteintes de pathologies qui affectent leur fertilité. Pour y avoir recours, les autres doivent donc engager des frais discriminants pour se rendre à l'étranger, en Espagne ou en Belgique principalement. Le texte de la loi bioéthique, qui promet de l'autoriser plus largement avec l'accès à la PMA pour toutes, devrait être examiné par le Sénat début 2021, après avoir été adopté par l'Assemblée nationale en juillet 2020.