Pourquoi il faut arrêter de demander aux mères "le deuxième, c'est pour quand ?"

Pourquoi il faut arrêter de demander aux mères "le deuxième, c'est pour quand ?"
Pourquoi il faut arrêter de demander aux mères "le deuxième, c'est pour quand ?"
Passé le premier anniversaire du premier enfant, la question fuse. Proches, moins proches, voire collègues au bureau : la création d'une fratrie semble obséder notre entourage. Bonne ou moins bonne intention, le résultat est le même : stop.
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Personne, sauf elle-même, ne sait réellement ce qui se passe dans la tête d'une femme quand elle tombe enceinte, que son ventre s'arrondit, que son corps change, que le lien avec le bébé qui se trouve à l'intérieur se crée plus ou moins facilement.

Personne, sauf elle-même, ne sait réellement ce qui se passe dans sa tête, dans son quotidien, après qu'il ou elle soit né·e. Que les nuits s'enchaînent, que la fatigue s'accumule et que les virus aussi. Ce qu'elle, personnellement, ressent lors des premières craintes et des premières joies inexplicables, des sentiments incomparables, des impressions (qui n'en sont pas) d'être au bout, des envies que ce soit plus simple.

Pourtant, autour des un an du premier enfant, nombreux·se·s sont celles et ceux qui s'autorisent une question qui n'a rien d'anodin : "et le deuxième, c'est pour quand ?" Six mots qui partent souvent d'un bon sentiment (je le sais, j'en ai été moi-même l'autrice avant d'appartenir à la catégorie d'en face), mais qui font tout de même l'effet d'une petite gifle sauce "t'en as pas encore fait assez".

Entre pression et tradition

Arrêtons de demander "le deuxième, c'est pour quand ?"
Arrêtons de demander "le deuxième, c'est pour quand ?"

Parce qu'il faudrait "ne pas laisser trop d'écart entre les enfants", parce que "autant s'y remettre tant que vous avez le rythme". Parce qu'une famille est forcément composée de plusieurs frères et soeurs, n'en déplaise aux parents épuisés qui, pour certains, n'ont qu'un souhait : couler des jours heureux à trois. Ou en tout cas, pour le moment.

Entendez-moi bien, la grossesse n'est pas forcément synonyme de périple sinueux et douloureux, d'attente insupportable, de piqûres en pagaille pour booster ses hormones. Dans certains cas, évidemment, c'est une parenthèse enchantée, une symbiose avec l'enfant qu'on projette et dont on a rêvé, un parcours sans embuche durant lequel on pourrait croire que les planètes se sont alignées. Et puis, dans d'autres cas, dans beaucoup des cas, c'est un peu entre les deux.

Pareil pour les premiers mois. Toutes les mères n'ont pas la sensation d'être en permanence dans une roue de hamster, à la cadence d'autant plus déchaînée lorsque l'enfant se décide à marcher. Ça peut aussi être globalement doux, joyeux, réglé comme du papier à musique. Peut-être même que le deuxième, c'est pour maintenant. Sauf qu'on y arrive pas.

Et à moins de connaître très bien la personne concernée, la question a de bonnes chances de tomber comme un cheveu trop curieux sur une soupe à fleur de peau. Aussi bien intentionné·es soient celles et ceux qui osent, ils risquent de provoquer un ras-le-bol justifié, entretenu par une pression permanente autour de la parentalité et plus spécifiquement, de la maternité. La preuve.

Du coup... le deuxième, c'est pour quand ?

Le deuxième... c'est pour quand ?
Le deuxième... c'est pour quand ?

Le deuxième en fait, si je devais répondre sans prendre en compte la qualité de ma relation avec la personne qui le demande, je dirais : c'est pour quand j'arrêterai de pleurer le matin en remplissant un biberon à ma fille qui m'a réveillée 4 fois pendant la nuit à cause de ses dents qui n'en finissent pas de pousser. C'est pour quand je n'aurai plus d'angoisse à l'idée de me retaper 10 semaines non stop de nausées, à tel point qu'une simple douche se transforme en enfer écoeurant.

C'est pour quand je n'aurai plus la sensation de passer à côté de toutes les conversations avec mes potes quand je viens accompagnée, car bien sûr qu'elle préfère me défier en courant dans la rue après une plume de pigeon plutôt que d'écouter les histoires de cul (pourtant si croustillantes) de l'assemblée. C'est pour quand je me dirai qu'elle est assez grande pour être un peu autonome, quand je devrai m'en occuper avec un ventre lourd comme Pluton.

C'est pour quand je n'aurai plus envie de lui dédier toute mon attention, de passer des heures allongée avec elle au lit à rire, de la considérer comme la personne la plus importante de l'univers. Pour quand je l'aurai décidé, finalement. Pas avant.

En attendant, s'il vous plait, essayez de réfléchir à deux fois avant de le demander. Evaluez ce que ça implique d'émotions diverses, intenses. Et si c'est vraiment indispensable de le formuler. Ou au moins, tentez de comprendre rapidement que notre "ouh là, pas tout de suite" souriant et évasif, est en réalité la traduction claire et nette d'un "n'en parlons pas" incisif. Ce, quelles que soient nos raisons.

Parce que quand le deuxième sera là, s'il arrive un jour, ne vous en faites pas : vous serez tôt ou tard au courant.