Pourquoi cette couverture de "Vanity Fair" avec Viola Davis est historique

Pourquoi cette couverture de Vanity Fair avec Viola Davis est historique
Pourquoi cette couverture de Vanity Fair avec Viola Davis est historique
Dans cette photo : Viola Davis
L'actrice afro-américaine Viola Davis est à la Une du magazine américain "Vanity Fair". Son portrait a été réalisé par le photographe noir Dario Calmese. Une première.
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Vanity Fair a 106 ans. Et pas une fois depuis sa création, en 1914, le magazine américain n'a employé de photographe noir·e pour réaliser sa couverture. La Une du numéro d'août 2020, sublime, incarne donc un changement historique.

On y voit l'actrice noire oscarisée Viola Davis (couronnée pour Fences en 2017 et nommées pour ses rôles dans La couleur des sentiments en 2011 et Doute en 2009) assise une main sur la hanche, vêtue d'une robe Max Mara bleu nuit qui laisse voir son dos parfaitement éclairé, ses cheveux coiffés en une afro volumineuse sur son visage shooté de profil, rehaussée par de larges boucles d'oreilles dorées.

On dirait un tableau. C'en est un, ou presque.

Le cliché pris par Dario Calmese est inspiré d'une oeuvre datant de 1863. The Scourged Back, un portrait datant d'août 1863 d'un homme esclave nommé Gordon qui s'est échappé d'une plantation du Mississippi, rappelle le New York Times. Symbolique.

Par-dessus l'image, une citation de la comédienne tirée de l'interview exclusive : "My entire life has been a protest" ("J'ai passé ma vie entière à protester"). Des mots qui font écho à la mobilisation antiraciste qu'a amplifié le meurtre de George Floyd et qui insistent surtout sur le combat permanent des vies noires pour leurs droits. Des mots qui marquent.

Dario Calmese, icône derrière l'objectif

C'est la première fois qu'un photographe noir produit la couverture de Vanity Fair. Mais l'artiste n'en est pas à son coup d'essai. Dario Calmese est une figure de taille dans la communauté de la mode noire. Il a également collaboré avec le New York Times et le CFDA (le Conseil des créateurs de mode américains), précise Refinery29. Il a écrit dans les colonnes du magazine Business of Fashion et travaillé avec Beyoncé.

Pour le photographe de 38 ans, la mise en scène de cette photo est une façon de réécrire l'Histoire. "Non seulement celle autour de l'esclavage, mais aussi la façon dont les Blancs ont toujours regardé les corps noirs", décrit-il, s'estimant fier d'avoir créé "quelque chose d'élégant, de beau et de puissant". Et de participer à visibiliser les minorités : "Merci à toutes les femmes noires qui se sont senties invisibles bien qu'elles aient été en première ligne de tous les combats", légende-t-il sous un post Instagram dédié à la sortie du numéro. "Nous vous voyons. Vous êtes aimées, vous êtes puissantes et vous êtes belles. Ceci est pour vous".

Une référence au loupé de Vogue

Dans l'article consacré à Viola Davis, on trouve une autre image. Celle de l'actrice dans une robe noire en velours Armani Privé sur un fond doré. Un choix artistique qui fait directement référence à la couverture du mois d'août 2020 de Vogue US qui présente la gymnaste olympique Simone Biles. Imaginées par Annie Leibovitz, photographe de longue date pour la publication, les photos ont été critiquées par de nombreux internautes sur les réseaux sociaux.

En cause : l'exposition qui n'est pas adaptée à la peau noire de l'athlète, tant les portraits de personnes non-blanches sont rares dans le magazine. "J'adore Simone Biles", tweetait Morgan McCarthy, National Picture Editor du New York Times, "mais je déteste que Vogue ne se soit pas donné la peine d'engager un photographe noir".

En 35 ans, entre 1983 et 2017, Vanity Fair n'a pour sa part mis à l'honneur que 17 personnalités noires. Depuis 2017 et l'arrivée de Radhika Jones à sa tête, déjà dix couvertures ont été dédiée à des artistes, sportives, célébrités noires. Un changement nécessaire, à poursuivre absolument devant comme derrière l'objectif.