Pourquoi la statue de Medusa, hommage à #MeToo, ne fait pas l'unanimité

Et si Méduse était un mythe féministe ?
Et si Méduse était un mythe féministe ?
Ni dieux ni maîtres. Voilà un slogan qui pourrait résumer l'histoire de Méduse, cette jeune fille devenue "monstre" maudit suite au viol commis par Poséidon. Aujourd'hui, le mythe tragique se fait statue féministe, érigée en plein New York. Un événement.
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Avez-vous bien à l'esprit le mythe de Méduse ? Rappel de vos cours de mythologie grecque : Méduse, avant de devenir une Gorgone, était une charmante jeune fille. Seulement, Poséidon s'est épris d'elle. Un jour, dans un temple dédié à la déesse Athéna, le dieu des océans l'a violé. Allez comprendre pourquoi, c'est Méduse qui s'est retrouvée punie par la déesse Athéna, et transformée en monstre. Ses magnifiques cheveux, notamment, ne furent plus que serpents sonnants. Comme une malédiction.

Symbole de damnation s'il en est, Méduse est également l'incarnation d'un pouvoir féminin. Avec son regard, elle peut pétrifier les mortels qui ont la mauvaise idée de croiser son chemin. Une femme fatale, oui, mais dont les sorts sont une réponse à toute une tragédie initiale, faite de violences sexuelles, d'injustice, d'impunité. On comprend pourquoi cette entité monstrueuse s'est vue réappropriée par les militantes féministes.

Et aujourd'hui, c'est carrément une imposante statue à son effigie qui a été installée à New York, face à la Cour pénale où a été jugé celui que l'on pensait, il y a trois ans encore, aussi intouchable que le dieu Poséidon : l'ancien producteur hollywoodien Harvey Weinstein. L'idée ? Rendre "hommage", ou plutôt femmage, au mouvement #MeToo. Oui mais voilà, cette initiative ne suscite pas l'unanimité.

Ni dieux ni maîtres

Représentant Méduse nue, portant d'une main la tête de Persée (le héros grec parti la décapiter dans l'histoire originelle), cette statue plutôt épique a été imaginée par le sculpteur argentino-italien Luciano Garbati. Et c'est déjà là que le bas blesse, comme le rapporte le Telegraph. Certaines militantes féministes jugent effectivement paradoxal le fait d'avoir confié cette oeuvre d'art féministe... à un homme, plutôt que de valoriser la création d'une sculptrice en plein New York. Pas très empouvoirant.

D'autres, malgré l'historique belliqueux de Persée, avouent être déçues de ne pas voir la tête de Poséidon empoignée par Méduse : "Cela aurait été si badass !", s'exclame à une internaute. Rappelons à ce titre que la sculpture de Luciano Garbati est une réponse assumée à une oeuvre originale de Benvenuto Cellini, datant du XVIe siècle, sur laquelle figuraient Méduse (décapitée) et Persée - d'où la présence du "chasseur de monstres" ici. Certaines voix tout aussi perplexes se demandent enfin si le monsieur tout-le-monde new-yorkais y verra autre chose qu'une "représentation de femme nue". Allez savoir.

Mais tout le monde n'est pas de cet avis. Le blog pop-féministe The Mary Sue salue au contraire l'audace de la chose. Autrement dit, le fait de valoriser à ce point le mythe de Méduse comme symbole du victim blaming (le fait d'inverser la culpabilité entre agresseur et agressée) et de lui attribuer une posture fière, "comme si Méduse mettait au défi les agresseurs et les violeurs". C'est peut-être cette image-là qui importe le plus : se réapproprier les mythologies ancestrales pour faire retentir les révolutions d'aujourd'hui.