Camélia Jordana dénonce les violences policières (et interpelle Christophe Castaner)

Camélia Jordana fustige les violences policières et suscite la polémique.
Camélia Jordana fustige les violences policières et suscite la polémique.
Dans cette photo : Camélia Jordana
"Je serais honorée de débattre avec Christophe Castaner en direct sur le plateau de son choix". Voilà qui est dit. Après avoir évoqué les violences policières à la télévision, la chanteuse et comédienne Camélia Jordana met au défi Christophe Castaner.
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"Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic et j'en fais partie". Il n'en a pas fallu davantage pour que la chanteuse et comédienne Camélia Jordana défraie la chronique. Sur le plateau du talk show On est pas couché, l'artiste, également estimée pour ses convictions féministes, s'est permise le 23 mai dernier d'évoquer sans détour un sujet encore trop tabou, malgré sa médiatisation : les violences policières. Une prise de parole relayée des milliers de fois et abondamment commentée sur les réseaux sociaux.

Tabou, oui, si l'on en croit les réactions les plus virulentes. Celle du ministre de l'Intérieur par exemple. "Non madame, 'les hommes et les femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue' ne se font pas 'massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau'. Ces propos mensongers et honteux alimentent la haine et la violence. Ils appellent une condamnation sans réserve", a fustigé sur Twitter Christophe Castaner.

Entre contestations énervées et soutiens affirmés, force est de constater que les mots de Camélia Jordana ne cessent d'alimenter les débats. Et la discussion ne se limitera certainement pas aux échanges de tweets.

Car face aux réactions gouvernementales, l'actrice l'énonce en retour : "Je ne m'exprimerai pas dans les médias suite aux nombreuses sollicitations en réaction aux propos de Christophe Castaner. Je serais en revanche honorée de débattre en direct avec lui sur le plateau de son choix". Un appel resté sans réponse pour l'instant.

Mais en attendant cet éventuel face à face, c'est au gré des hashtags que les voix se libèrent.

"Votre devoir est de nous protéger"

"Mes propos 'mensongers et honteux' tentent d'alimenter un dialogue avec nos dirigeants (vous), pour faire avancer les choses mais vous niez alors que vous voyez très bien ce qui se passe", a rétorqué d'emblée l'artiste à Christophe Castaner. Avant de poursuivre : "Votre devoir est de nous protéger. Protégez-nous !". Il faut croire que malgré les enquêtes les plus peaufinées (les travaux du journaliste David Dufresne par exemple), le thème des violences policières suscite toujours autant de déni et de réactions outrées. D'où cette invitation au dialogue.

En complément, Camélia Jordana s'est d'ailleurs permise de relayer une vidéo du site d'informations Loopsider, synthétisant "un mois d'images" et d'abus émanant des forces de l'ordre, filmés au sein des quartiers populaires durant le confinement. Des exemples qui, en raison de leur situation géographique, semblent invisibilisés.

Rien de très alarmant cependant pour Manuel Valls. A en croire l'ancien ministre, interrogé par BFM TV, les mots de Camélia Jordana ne sont qu'une "expression fausse et exagérée", éloignée du réel. Une participation au débat qui n'a pas vraiment convaincu les internautes. En partie car les études et investigations consacrées au sujet ne viennent pas uniquement des journalistes. Une ONG réputée comme Amnesty France a par exemple dédié toute une publication aux violences policières mais aussi aux "insultes" qui leur sont relatives.

Par-delà les voix politiciennes, les réactions aux propos de Camélia Jordana ont engendré une vague de soutiens. De la part de l'autrice et journaliste féministe Mona Chollet par exemple, et de la dessinatrice Pénélope Bagieu. Des noms auxquels s'ajoute celui, emblématique, d'Assa Traoré. Celle qui n'a jamais cessé de libérer la parole à ce sujet a lancé un appel pour soutenir l'artiste. Le mot d'ordre ? #MoiAussiJaiPeurDevantLaPolice. Un hashtag qui a déjà suscité une dizaine de milliers de tweets, où se confondent témoignages d'agressions et d'invectives à caractère homophobes, injures, attouchements envers des manifestantes anonymes...

"Les poursuites contre les policiers sont une question centrale. Il y a plus de 400 plaintes mais, à l'heure où on se parle, aucune communication n'a été faite sur la moindre punition, mise au placard, reconversion d'un policier. Et encore moins sur une condamnation. La plupart des plaintes aboutissent à des classements sans suite par l'IGPN, la police des polices", déplorait l'an dernier le journaliste et auteur David Dufresne, fustigeant au passage toute une "politique de l'autruche". Une politique aujourd'hui épinglée par Camélia Jordana.

A quand le grand débat ?