"Les femmes sont les premières victimes des crises" : le cri d'alerte de l'ONG CARE

Femme portant un masque sur un marché de Port-au-Prince, Haiti, le 20 mars 2020
Femme portant un masque sur un marché de Port-au-Prince, Haiti, le 20 mars 2020
La pandémie de coronavirus bouleverse le monde, mais un même facteur perdure : en temps de crise, ce sont toujours les femmes qui sont en première ligne, et en subissent les "dommages collatéraux". C'est ce que nous révèle une édifiante étude.
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"Partout dans le monde, lorsqu'une crise éclate – que ce soit une épidémie, un conflit, une catastrophe naturelle - les femmes sont les premières victimes La crise sanitaire mondiale que nous vivons n'échappera malheureusement pas à la règle : elle aura un impact profond sur les femmes et les filles", alerte l'ONG de solidarité internationale CARE. Alors que les chiffres recueillis en Italie et en Corée du Sud démontrent que le coronavirus fait plus de victimes masculines que féminines, l'organisation remet les choses à plat : il ne faut pas oublier les violences faites aux femmes, aussi bien physiques que psychologiques, que révèle une telle pandémie. Une réalité énoncée l'espace d'une étude étayée et édifiante.

Il faut dire que l'on élude trop souvent les "impacts collatéraux" du Covid-19. Or, "alors que 43% de la population mondiale est invitée à rester chez elle, c'est une épidémie silencieuse, taboue - celle des violences - qui va être exacerbée", s'alarme l'organisation non-gouvernementale. Entre violences conjugales et féminicides accrus, charge mentale exacerbée, préoccupations financières tangibles et droit à l'avortement bafoué, le respect de la dignité, des corps et de la vie des femmes est déjà mis à mal au temps du coronavirus.

Un impact profond sur les femmes et les filles

Car qui dit coronavirus ne dit pas simplement quête de vaccin. Que dévoile au juste la crise que nous vivons ? Une augmentation du risque de violences sexuelles, affirme l'ONG, précisant que durant l'épidémie d'Ebola, 18 000 adolescentes sont tombées enceintes, "pour la plupart victimes d'agressions de la part de parents ou voisins". En quarantaine, elles étaient forcément plus vulnérables. Mais il faut aussi penser à l'alarmante précarité économique que subissent aujourd'hui bien des femmes, de par la perte de leurs revenus, mesures restrictives oblige. En Afrique de l'Est par exemple, où "75% du commerce transfrontalier informel" est réalisé par la gent féminine.

Sans travail ou presque, ces travailleuses sont plus exposées "aux risques de trafic sexuel". Car rappelons que lorsque l'on veut exploiter les femmes, on s'attaque avant tout à leurs corps. Mais parmi les actuelles victimes du coronavirus, on dénombre également toutes celles qui sont en première ligne, les salariées qui investissent le domaine sanitaire et les fonctions des services sociaux, ouvertement exposées aux risques de contamination. Dans le monde, appuie l'ONG, 70% de ces emplois du "care" sont occupés par les femmes. Et quand la santé et le social ne constituent pas leur "job" officiel, c'est tout comme - car c'est à elles que reviennent les tâches relatives au soin au sein du foyer. Un travail tout aussi fragile puisque non rémunéré...

Mais en ces temps d'hôpitaux surchargés, les femmes craignent également pour le respect de leurs droits fondamentaux. Comme l'IVG bien sûr, déjà largement mis en péril aux Etats-Unis. Il faut dire que bien trop souvent, constate CARE, les services en matière de santé sexuelle et reproductive (la contraception, l'avortement), sont mis aux oubliettes lorsqu'une crise sanitaire globale éclate.

"Ces soins ne sont pas une option et nous devons à tout prix veiller à les préserver sans quoi cette pandémie pourrait marquer un recul sur des droits durement acquis dont il sera difficile de se remettre", prévient Isadora Quay, experte en droits des femmes chez CARE.

Même en France, on s'inquiète de l'accessibilité actuelle de ces services de première importance. "Nous sommes aujourd'hui obligés de nous réorganiser. Le personnel impliqué pour les IVG est bien présent, mais nous craignons qu'il ne tombe malade et ne soit décimé", avertissait à ce titre Cyril Huissoud, membre du Collège national des gynécologues obstétriciens français.

Ces violences faites à l'intimité et à l'intégrité, elles sont également conjugales. En France, on dénombre ainsi une hausse de 30% des violences domestiques depuis le début du confinement, affirme encore l'organisation. "Confinées, les victimes n'ont plus d'échappatoire face aux agressions", déplore à ce tire le rapport. 30 % en seulement quinze jours, c'est énorme. Vertigineux. Et cette augmentation a déjà été constatée dans d'autres pays touchés par le coronavirus, comme l'Argentine. Pour la directrice Delphine Pinault, c'est un scénario cauchemardesque. "Ce sont des épidémies secrètes et taboues qui vont être exacerbées par le coronavirus. Ces femmes risquent de mourir en silence", admet-elle au Journal du Dimanche. Des chiffres alarmants qui appellent plus que jamais à des mesures pour protéger les femmes en ces temps particulièrement troublés.