6 tabous corporels dont il ne faudrait plus avoir honte

6 tabous corporels qu'il serait temps de démonter
6 tabous corporels qu'il serait temps de démonter
Mycoses, odeurs en tout genre, flatulences, hémorroïdes : avec "Ça ne se fait pas d'en parler", la dermatologue allemande Dre Yaël Adler s'attaque aux tabous corporels des hommes et des femmes. Un livre instructif et drôle qui encourage à ne plus en rougir.
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Le corps est un temple, estiment certain·e·s. Peut-être, mais un temple qui vient avec son lot de phénomènes bruyants, visibles ou odorants. Et dans beaucoup de cas, qu'on considère désobligeants. Des "gênes corporelles", comme les appelle la docteure Yaël Adler, dermatologue allemande qui a justement décidé de s'attaquer au tabou coriace qui les entoure. Un fléau d'autant plus embêtant qu'il empêche une bonne partie d'entre nous de consulter un·e praticien·ne de peur de se confier - et aussi, d'être ausculté·e.

Dans son livre Ça ne se fait pas d'en parler (éditions Jouvence), la spécialiste décortique les raisons biologiques de la présence d'un bon nombre d'entre elles, et invite à ne plus en avoir honte. Une ode instructive au naturel et à la transparence, qui balaie par la même occasion quelques attentes sociales sexistes. On a retenu 6 de ces "problèmes" qu'il ne faut plus tenter de dissimuler.

"Ça ne se fait pas d'en parler", de Dr Yaël Adler
"Ça ne se fait pas d'en parler", de Dr Yaël Adler

1- Les flatulences

Les pets sont particulièrement redoutés lorsqu'on se trouve en présence d'autrui. Ou surtout, de celui·celle qui fait chavirer notre coeur. "Ce n'est pas pour rien que l'on dit : le premier grand pas accompli dans une relation, ce n'est pas le premier baiser mais le premier pet", signe Yaël Adler. Un événement qui fait frémir rien que d'y penser. Plus que le bruit, c'est d'ailleurs l'odeur - hypothétique et incontrôlable - qui rend nos flatulences aussi menaçantes.

Pourtant, informe l'experte, elles sont extrêmement communes, et d'autant plus chez les femmes, la faute aux hormones qui irritent l'intestin en fonction du stade de notre cycle. "Une personne en bonne santé pète entre dix et vingt fois par jour, ce qui lui permet de se délester - entre 0,5 et 1,5 litre par jour", écrit-elle. Clairement rien d'inhabituel à se soulager de la sorte, donc. Mais "l'ennui avec un pet, c'est qu'on ne peut pas toujours l'évacuer au moment propice". Et l'inconfort laisse ainsi place à l'envie de disparaître illico. "Sans parler du grand moment de solitude qui étreint ceux qui en font l'expérience dans le train, dans l'ascenseur ou dans un club de sport", poursuit l'autrice.

Au lieu d'être mortifié·e, elle incite à comprendre qu'il n'y a rien de moins normal que de lâcher un "vent". Et si leur fréquence semble pour le coup trop importante, à déceler la cause qui les provoque. Allergies et intolérances, syndrome du colon irritable, alimentation déséquilibrée : des facteurs ou pathologie à surveiller pour des intestins en bonne santé.

2- La bave ensommeillée

"Lovés en toute confiance dans les bras de Morphée, les voilà à la merci du filet de salive qui s'écoule de la commissure des lèvres, du menton qui s'affaisse et bascule vers l'intérieur - sans parler des bruitages mêlant ronflements, sifflements et grognements dont les gens autour se passeraient bien". Un scénario qu'on ne connaît que trop bien : on s'est endormi·e en train ou en avion plus d'une fois, se réveillant avec une joue mouillée qu'on essuie à la va-vite en priant pour que notre voisin·e de rangée n'ait pas admiré le spectacle.

"Beaucoup de gens bavent dans leur sommeil", rassure la Dre Adler. La raison à ce phénomène ? Un nez bouché causé par un rhume, une allergie, une irritation des narines, ou encore un stress accru qui accentue la salivation. Rien de bien grave ni qui ne se soigne rapidement, mais qui peut "cacher un problème plus sérieux". Là encore, pas de malaise : on en parle à un·e professionnel·le de santé.

3- La pilosité pubienne

"Ces frisons qui s'échappent pour tapisser de duvet les plis et replis de notre corps isolent le sexe d'un contact direct avec les cuisses", lit-on. Comprendre, si on ne le savait pas déjà, que les poils pubiens sont éminemment utiles à notre vulve et vagin tant ils les protègent de bien des agressions.

Seulement voilà, "la nature a beau être très bien faite, bien souvent nous n'en avons cure", poursuit l'experte. De nombreuses fois d'ailleurs, "l'épilation intégrale est justifiée par des arguments liés à l'hygiène". Mais "les personnes qui se rasent les parties intimes sont nettement plus sujettes à l'apparition de petits boutons purulents", et "beaucoup plus exposées aux IST (infections sexuellement transmissibles, ndlr)".

Si elle ne juge aucunement les choix de chacun·e, "tous les goûts sont dans la nature", elle rappelle que cette "toison" qui peut nous déranger est en réalité parfaitement saine et nécessaire. Elle ajoute également, sur la même région, que certaines femmes se font injecter de l'acide hyaluronique dans les lèvres et le clitoris afin de le repulper et amplifier le point G. Et épingle : "Preuve que le 'fourreau d'amour' des femmes est désormais lui aussi soumis au diktat des apparences".

Le syndrome hémorroïdaire, un phénomène répandu.
Le syndrome hémorroïdaire, un phénomène répandu.

4- Les hémorroïdes

"Une joyeuseté très répandue", c'est ainsi que Yaël Adler décrit le syndrome hémorroïdaire. Elle explique à ce sujet que les hémorroïdes ne correspondent pas à ce que l'on croit, puisqu'ils définissent les coussinets vasculaires autour de l'anus, dont les vaisseaux sanguins se remplissent et se vident de sang pour assurer sa continence. "Tout le monde en a, mais tout le monde n'a pas de problèmes hémorroïdaires". C'est lorsque les coussinets ne font plus leur boulot, s'engorgent, subissent l'effort de poussée notamment, que ça coince (au sens propre du terme).

Un problème qui accompagne - joie - nombreuses femmes pendant leur grossesse et après l'accouchement (la faute, là aussi, à une poussée intense engagée pour des raisons évidentes). En résulte une défection difficile et de petites boules douloureuses autour de l'orifice.

"Beaucoup de personnes rechignent à consulter un médecin et se résignent à le faire seulement lorsque saignements, démangeaisons et douleurs font leur apparition", se désole la spécialiste. Elle rappelle toutefois qu'il est essentiel de passer la porte d'un cabinet. Et note, non sans humour : "Ce médecin répond à sa vocation de proctologue, tout à sa satisfaction de rendre la santé à chaque 'trou du cul' - au sens propre - qui se présente à lui".

5- Les odeurs de culotte

"Nombreuses sont les femmes à se demander si leur odeur intime est agréable, alors qu'un vagin en bonne santé n'émet jamais d'odeur dérangeante", observe la dermatologue, qui répond aux inquiétudes autour de potentielles odeurs de culotte par une explication hormonale. "L'odeur caractéristique de nos régions intimes se développe lors de la puberté, quand les hormones sexuelles donnent leur aval aux glandes apocrines pour faire passer le message : 'partenaire sexuel potentiel en vue !'".

Un "parfum naturel", insiste-t-elle, souvent célébré "par les romantiques comme le parfum de l'amour", qui peut toutefois tourner au vinaigre. Et pour cause, si déséquilibre de la flore il y a, remontées olfactives sont à envisager. Des désagréments provoqués notamment par un lavage trop intensif au savon, une IST, ou la vaginose bactérienne, responsable d'une "odeur de poisson avarié accompagnée de sécrétions grisâtres".

Tout un programme extrêmement courant (elle touche au moins 30 % des femmes en âge de procréer suite aux règles ou à une éjaculation dans le vagin, estime la docteure), dont on se débarrasse rapidement à l'aide de prescriptions d'un·e gynécologue. Et de probiotiques rééquilibrants.

6- Les mycoses d'ongle

Les abonné·e·s à la piscine municipale se reconnaitront : le pédiluve regorge de champignons. Les établissements qui accueillent du public - a fortiori pieds-nus - subissent un risque de contamination beaucoup plus élevé tant les mycoses peuvent sauter allègrement d'un orteil à l'autre. S'en suit une tache sur l'ongle, voire un dépôt farineux sur la voute plantaire. Commun, mais encore une fois, soumis à de terribles non-dits.

"Selon un sondage, une personne sur trois se sentirait gênée d'acheter une crème antifongique pour les pieds à la pharmacie. A en croire les statistiques, selon leur âge, une personne sur cinq - voire sur deux - a une mycose aux pieds, et une personne sur deux - voire sur trois - en a une aux ongles de la main". De quoi contaminer à tour de bras si on ne se guérit pas sur-le-champ à l'aide de produits tout à fait efficaces, ou d'un rendez-vous plus que nécessaire.

A ce sujet, et comme pour résumer son ouvrage et le besoin pressant de ne plus se laisser dicter nos comportements par la honte, Dre Yaël Adler lance : "De grâce, finissons-en avec les petits secrets dus à une fausse pudeur - il faut simplement regarder le problème en face et agir !" A bon entendeur...