L'étonnante histoire féministe du cycliste au féminin

L'étonnante histoire féministe du cycliste au féminin, ici arboré par Lady Di.
L'étonnante histoire féministe du cycliste au féminin, ici arboré par Lady Di.
Madonna, Lady Diana, Lady Gaga, Kim Kardashian, Kylie Jenner... Le cycliste au féminin traverse les générations et s'impose désormais comme l'atout fashion inattendu des stars.
A lire aussi

Des vidéos de gym des années 80 aux derniers posts Instagram de Kylie Jenner, des styles cultes de Madonna aux looks d'Emily Ratajkowski, un même motif traverse singulièrement les époques : le cycliste au féminin. Oui oui. Une pièce fashion que l'on retrouve aussi bien dans la série culte Sauvés par le gong que dans les publications virales de Kim Kardashian. Même Lady Di en arborait, c'est dire. Et ces derniers temps, ce short revient en force.

Une hype étonnante qui fascine les médias spécialisés et inscrit les cyclistes, initialement façonnés pour les trajets ou balades en vélo, dans une sorte d'histoire de la mode et des people. Cyclisme et fashion s'entrechoquent à travers ce vêtement réapproprié par les nouvelles icônes féminines et les stylistes, au sein des défilés les plus branchés. Une pratique vestimentaire contemporaine qui nous renvoie pourtant des décennies en arrière.

Petit coup de rétro.

Cyclisme et sexisme

Comme le rappelle le CR Fashion Book, les premiers cyclistes ont été lentement popularisés à la toute fin du 19e siècle. Bien que plus rigide que les matières actuelles, leur laine assurait tout de même davantage de mobilité à leurs possesseurs. C'est tout au long du 20e siècle que la soie et le coton vont investir ces oripeaux, jusqu'à l'avènement des textiles synthétiques, les rendant bien plus souples et confortables. La popularité cool du vélo dans la société, son implantation dans la culture populaire, mais aussi l'ère des mannequins, vont bousculer l'usage de ces shorts pas forcément pensés pour faire fashion.

Et pourtant, ce n'était vraiment pas gagné. Il a fallu attendre 1932 pour que le short soit arboré dans des sports aussi athlétiques que le tennis, comme le narre le site Docs Skincare, l'air du temps étant plutôt jusqu'alors aux pantalons (pour les mecs) et aux longues robes, du type ère victorienne. Ambiance. Afficher ses mollets, d'autant plus quand on est une femme (ultime sacrilège) n'avait rien d'évident jusqu'au 20e siècle.

"Avant même que ces shorts n'existent, il était considéré comme choquant pour les femmes de faire du vélo, ou même de montrer leurs chevilles, ce qui [selon les dires de l'époque] pouvait engendrer des choses horribles... comme fumer et peut-être même danser !", s'amuse le site. Entre les lignes, le vélo, comme à peu près tout dans cette ère archaïque, et notamment les activités physiques et sportives, était considéré comme un gage de "virilisation" à fuir à tout prix. Malheureusement, ce genre de réflexions n'est pas si démodé.

Il suffit de voir certaines polémiques des derniers Jeux olympiques. Aux prémices de ces tenues sportives, un certain sexisme donc, profondément inscrit dans la culture et les consciences. Les cyclistes sont alors, comme ont pu l'être bien des vêtements à travers les décennies, une forme de transgression textile. Légers et courts, ils font respirer le corps des femmes, et par-là même l'émancipent un peu plus du contrôle des hommes.

C'est ainsi que, dixit Docs Skincare, le vélo est devenu "un catalyseur qui a aidé les femmes à acquérir une sorte d'indépendance". Les femmes se "virilisent"-elles, comme le suggèrent alors les réacs ? En tout cas, leurs vêtements suggèrent qu'elles ne craignent pas d'investir des milieux perçus comme "testostéronés". D'autant plus fort au vu de tout ce qui est associé au vélo : liberté, mobilité, visibilité au sein de l'espace public.

L'histoire d'une réappropriation

Cette histoire d'indépendance explique en partie la perduration de ce vêtement par les femmes. Des icônes des années 80 et 90 comme l'inévitable Madonna (jamais à court de réappropriation stylée) et Sarah Jessica Parker vont ainsi se parer de leurs plus beaux cyclistes, shorts arborés à l'époque dans les vidéos fitness (phénoménales) et certaines séries télé à succès. Mais aussi, au rang des figures littéralement royales... telle la princesse Diana.

Là encore, Lady Di n'avait pas son pareil pour conférer du sens au style. Ses looks éclectiques sont restés dans les mémoires. Parmi eux, ces shorts en lycra font partie de son versant ouvertement décontract' et décomplexé. Des tenues sportives et détentes qu'elle n'hésitait pas à arborer sous le regard invasif des photographes.

Suite à quoi, fort de ces représentantes d'influence mondiale, de nombreuses marques vont au fil des années implanter le vêtement dans leurs prestigieux défilés. Des podiums Chanel de 1991 aux créations Jacquemus de 2020, les cyclistes n'ont jamais cessé d'embrasser la coolitude. Même Dior s'est réappropriée la chose façon haute couture. "Chez Dior, ces shorts étaient portés sous des jupes transparentes et des robes avec résilles, dévoilant ainsi une forme audacieuse de la part de la légendaire maison", observe à ce titre le CR Fashion Book.

Une évolution étonnante que celle de ce vêtement sportif, que la mannequin et actrice américaine Emily Ratajkowski envisage désormais comme la tenue ultime de la "femme urbaine". De son propre aveu, ce choix vestimentaire est un hommage aux looks de la Princesse Diana. Tant et si bien que le magazine de mode Vogue voit là une intrigante forme de "sportif-chic", de streetswear à la fois banal et sophistiqué.

C'est cet audacieux équilibre que revendiquent des personnalités scrutées par les magazines fashion, comme Kim Kardashian, perçue par le site Who What Wear comme "la reine du cycliste", mais aussi la mannequin Bella Hadid ou encore Hailey Bieber. "Ces shorts sont partout sur Instagram (du côté des influenceuses par exemple) et particulièrement populaires dans les endroits à la mode comme Los Angeles et New York. Les stars aussi en raffolent", se réjouit le média en ligne. Une nouvelle vie pour ce look loin d'être anodin.