Des gants pour enlever des tampons : la "trouvaille" de deux inventeurs fait un tollé

Ces deux "inventeurs" ont créé des gants roses pour enlever des tampons (et on hallucine)
Ces deux "inventeurs" ont créé des gants roses pour enlever des tampons (et on hallucine)
Lors d'un show télé outre-Rhin, deux concurrents ont présenté leur produit qu'ils estimaient révolutionnaire : des gants (roses, de surcroît) à enfiler pour enlever tampons et serviettes avec délicatesse.
A lire aussi

On dirait une mauvaise blague et pourtant, rien de plus réel. Lors de l'émission allemande Die Höhle der Löwen, qui invite plusieurs candidat·e·s à présenter leur projet à des investisseur·se·s pour espérer récolter des fonds, deux hommes cisgenres ont décidé de rajouter une couche à la stigmatisation déjà bien coriace qui règne autour des menstruations.

Comment ? En pensant qu'il serait ingénieux de proposer une solution pour nous permettre de retirer nos protections sans risquer de ruiner notre manucure (on pousse, mais c'est tout comme). Apparemment, ils ne sont pas les seuls, puisque l'un des jury (encore un homme) a investi.

"Nous comprenons vraiment les femmes"

Andre Ritterswuerden et Eugen Raimkulow sont ainsi les deux cerveaux derrière les Pinky Gloves, ces gants en matière sac poubelle qui irritent rien qu'à les regarder, destinés à tirer la ficelle de notre tampon ou à déscotcher les serviettes de nos sous-vêtements. Puis, par un stratagème identique à celui des sacs à caca de nos animaux de compagnie, à se refermer sur ledit produit pour s'en débarrasser plus aisément.

"Nous comprenons tous les deux vraiment les femmes", assurait Eugen Raimkulow sur le plateau, se basant sur le fait qu'ils sont mariés et qu'ils ont vécu avec des colocataires féminines. De temps en temps, confessait-il, il osait même "regarder dans la poubelle". Avant d'ajouter : "au bout d'un moment, l'odeur est désagréable. Et vous pouvez voir [le sang] parce que ça commence à s'infiltrer à travers le papier."

Plutôt que de se remettre en question et de se demander ce qui n'allait pas chez lui pour scruter des protections périodiques usées et jetées, il a flairé un filon : élaborer un concept hors de prix (environ 12 euros la boîte de 48) et ultra-polluant pour rappeler aux personnes menstruées de bien dissimuler ce phénomène naturel. En le gérant "discrètement", comme le promeut le design kitschissime de l'emballage.

Un accessoire que les "inventeurs" ont par ailleurs imaginé rose, parce que pourquoi se contenter de véhiculer l'idée que les règles sont sales quand on peut aussi se vautrer dans celle que tout ce qui cible les les femmes et les filles se doit d'être ultra-genré. Pendant ce temps-là, les concerné·e·s - qui ne sont pas toutes des femmes cis faut-il encore le préciser, et n'ont absolument pas demandé à ce que des mecs viennent s'occuper de leur appareil génital - veulent juste qu'on leur foute la paix.

Twitter s'indigne

"Chaque jour, un nouvel objet inutile pour le vagin fait son apparition", s'agace la gynécologue américaine Jennifer Gunter. Ce à quoi nombreux·ses internautes ont réagi, sur un ton similaire. "Les hommes, qui résolvent des problèmes qui n'en sont pas vraiment et se félicitent ensuite de nous avoir (...) protégées de notre propre sang menstruel", tacle une jeune femme.

Une autre rappelle, lasse et non sans ironie : "1. Les hommes utilisent une main pour uriner, et sont constamment en train d'ajuster ou de manipuler leur machin. 2. Des études montrent que peu d'hommes se lavent les mains après avoir utilisé les toilettes publiques. Mais bien sûr, messieurs, obligez les femmes à utiliser des gants génitaux parce que notre corps vous fait peur."

Devant un tel accueil, les deux compères ont - classique - publié un post d'excuses sur Instagram. "Il est devenu clair pour nous, à travers les nombreux commentaires que vous nous avez adressés, qu'il y a des critiques sérieuses dont nous n'étions tout simplement pas conscients, alors que nous aurions dû l'être". Une déclaration qui aurait pu s'arrêter là. Seulement, c'était sans compter sur l'envie du duo de ramener à eux les avancées d'un combat qui n'est en aucun cas le leur.

Par la suite, ils se félicitent ainsi d'avoir donné aux "menstruations et à ses aspects politiques" "beaucoup d'attention" à la suite du backlash. "Et l'important discours social est maintenant largement mené", écrivent-ils, ajoutant être "absolument favorables à ce que le sujet soit détabouisé". Avis qui ne leur était pas demandé, soit dit en passant. Comment dit-on "l'audace !", en allemand ?

"Il est devenu clair pour nous que nous avons encore beaucoup à apprendre et quelques angles morts", lâchent-ils. Et comment. Finalement, il y a à peine 24 heures, ils ont définitivement cessé l'aventure Pinky Gloves.