Elles ont décidé de ne plus porter de culotte (et nous disent pourquoi)

Scarlett Johansson dans "Lost in Translation" (2004).
Scarlett Johansson dans "Lost in Translation" (2004).
Connaissez-vous le "free pussies" ? Cette pratique, de plus en plus tendance, consiste tout simplement à "s'aérer le minou" en se permettant de dire "adieu" à la culotte. Une libération aussi physique que militante.
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Et si vous sortiez sans culotte ? Ne riez pas, l'acte n'est pas si incongru que cela. Sur Instagram, on appelle déjà, avec les températures (chaudes) qui s'annoncent, à "sortir les robes climatisées et faire tomber la culotte, refroidir cette partie du corps que l'on enferme dans des couches de vêtements". L'heure de la libération a sonné. Elle a pour nom "free pussies" : les minous libres, "à l'air". La pratique enthousiasme les internautes. Mais celles qui l'ont adoptée n'ont pas attendu la canicule. Mieux, un proche le fait peut-être déjà, sans que vous le sachiez. Et nombreuses sont les adeptes à y trouver une ribambelle d'avantages. Rencontre avec ces sans-culottes.

"Je me sens si libre !"

Le "free pussies" séduit et angoisse à la fois. Camille, 25 ans, jubile du côté "free" de la force, mais s'avoue bien trop "puriste de l'hygiène" pour l'adopter. A l'écouter, cela dépend de la flore vaginale de chacune, "de notre prédisposition aux infections urinaires et aux pertes divers", nous détaille-t-elle. Et ce n'est pas Judith, 24 ans, qui lui donnera tort. Elle aussi adore ce lâcher de culotte triomphant. Mais appréhende tout ce qu'il convient de contrôler lorsqu'on l'envoie virevolter. Les flux menstruels, les fuites urinaires. Bref, "tous les fluides qui sortent de nos teuchas", dit-elle, et viendraient flinguer l'expérience. Celle qui aurait trop peur "d'attraper une ptite mymy (une mycose !) en [s']asseyant je ne sais où" se voit mal en déculottée. Le b.a-ba, insiste-t-elle, est de bien connaître son corps.

C'est justement le cas de Mossane, la sans-culotte "intermittente". Cela fait quatre ans que cette jeune femme - qui en a vingt-quatre - dit adieu à sa culotte à chaque été. Rien de tel pour elle que de se libérer en robe et jupe longue. L'air passe. La sensation est agréable. Et le geste, spontané.

"J'ai décidé de m'en foutre !", glisse-t-elle avec une douce insolence. Les pantalons et shorts, par contre, elle évite. Trop de frottements, et de risques que les infections suivent. Mossane fait très gaffe à ces détails. Si bien que depuis le temps qu'elle pratique, elle n'a jamais rencontré d'incidents. A force de tester son corps, elle a appris à le comprendre et à l'apprivoiser. A briser les liens qui le cinglent. Résultat, à l'arrivée, elle a décidé de lui faire du bien. De se faire du bien. "Je pense que cela dépend des métabolismes de chacune, mais moi, je me sens si libre, si fraîche quand je le fais !", se réjouit-elle.

"La maîtrise de ma sexualité"

Pour les sans-culottes, confiance et connaissance vont de pair dès qu'il s'agit de se réapproprier son corps. Le "free pussies" est une exploration de soi, comme peut l'être, dans un tout autre genre, la masturbation. Emilie, 40 ans, ne nie d'ailleurs pas la portée "sexy" de la chose. Elle a déjà décidé de se mettre à nu pour son copain ou ses dates. Sous sa jupe ou sa robe, il n'y a rien, seulement le désir, diffus. Elle est au courant, son Jules aussi. Forcément, la transgression est indéniable. "Ça émoustille", approuve-t-elle. Comme de l'exhibition, "mais qui ne cherche le regard que d'une seule personne, pas des autres", corrige-t-elle. De l'exhib' pour soi, presque. "C'est lié à la maîtrise de ma sexualité. Ça stimule l'imagination de mon copain mais la mienne aussi !", s'enthousiasme-t-elle.

Promener le minou à l'air libre, c'est balader un secret qui n'appartient qu'à soi. Valentine, 26 ans, savoure cette cachotterie - ou "cachatterie". Depuis un an, cette féministe convaincue s'est émancipée de ces bouts de tissu qui l'étouffent. Pour ne plus laisser son sexe "y mariner", décoche-t-elle, mais aussi par convictions intimes, politiques. Le free pussies lui offre l'assurance d'être à l'aise avec son corps dans une société où il ne cesse d'être toisé, jugé, insulté. De redevenir "maîtresse de celui-ci", assure celle qui, bien sûr, évite quand même de flirter avec les robes trop virevoltantes. Parce que des délires à la Marilyn Monroe, ça va bien deux fois. Pas d'oripeaux volatiles chez elle mais des idées solides, nettes : "J'ai un cycle menstruel hyper régulier et très peu de pertes... donc avec moi, le free pussies, ça marche super bien".

 

"C'est le spa du militantisme"

Les manifestantes des grands élans féministes d'hier brûlaient leurs soutien-gorges. Et si les porte-paroles des révolutions actuelles envoyaient bouler leurs culottes ? Difficile de savoir si cette hypothèse tient la route. Mais pourquoi pas ? "Ne pas porter de soutif, cela se voit davantage, alors que pour la culotte, personne ne le sait. Mais les deux gestes s'attaquent au même biais de société : ce n'est pas à nous de nous conformer aux déviances des mecs, mais à eux d'apprendre à se maîtriser et à nous laisser tranquilles", clame Valentine. On le devine, le free pussy ouvre grand la porte aux chattes non apprivoisées. Sauvages. Ce qui rend l'action très sororale. "Personne ne le sait", et c'est ce qui est bon : la révolte est muette, mais existe. Elle ronronne.

"C'est précisément ce qui me plaît dans ce move. Le militantisme, ça peut être épuisant. Heureusement qu'il y a des petites actions de l'ombre qui aident à militer sans trop s'épuiser, et en faisant du bien à son corps. C'est le spa du militantisme !", s'amuse Valentine. De la "free foufoune" émane d'inattendues vertus thérapeutiques. L'idéal pour fuir le burn-out. Mais si les "free pussies" (s')apaisent, elles divisent aussi. D'ailleurs, Emilie ne le cache pas. Ses copines sont loin d'être fans. Trouvent ça "bizarre". Ou pire, "dégueu". Le malaise n'est jamais loin. On ne pourrait mieux démontrer la portée subversive de l'acte. S'il scinde, interroge, voire révulse, il ne peut être qu'engagé. Et réjouit dans un monde patriarcal où les jupes sont toujours "trop courtes".

Si l'acte vous semble trop extrême, la solution serait d'y aller en douceur. Camille a sa petite idée à ce sujet. "Et si dormir nue pour éprouver cette sensation était un bon début ?", théorise-t-elle. Quitte à laisser tomber le schéma culotte + pyjama une bonne fois pour toutes. Mossane approuve. S'encombrer de tissu serait comme dormir avec un chignon trop serré. A ses yeux, le monde se divise en deux catégories : celles qui ne portent pas de culotte la nuit, et les autres. Autant vous dire que la jeune femme a choisi son camp.

On vous l'accorde, être une sans-culotte ne se fait pas du jour au lendemain. Mais le jeu en vaut peut être la chandelle. Mossane nous l'assure : "Pour moi, c'est la liberté, le lâcher-prise...l'AIR !". Just breathe.