Julie Henches portait une jupe : un agent municipal la juge "indécente"

"J'étais assise par terre en jupe" : Julie Henches, humiliée par un agent municipal sexiste
"J'étais assise par terre en jupe" : Julie Henches, humiliée par un agent municipal sexiste
C'est un témoignage hallucinant qu'a livré Julie Henches, 27 ans, sur Twitter ce mardi 6 avril. L'activiste raconte comment, alors qu'elle était assise près d'un parc en jupe, un agent municipal de Paris l'a qualifiée d'"exhibitionniste", et jugé sa position "indécente".
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L'incident en dit long sur le sexisme qui règne en France. Julie Henches, activiste écologiste de 27 ans, raconte sur Twitter ce qui lui est arrivé mardi 6 avril. Ce jour-là, il faisait beau à Paris, et la jeune femme en a profité pour s'installer près d'un parc, au soleil, à l'heure du déjeuner. "J'étais assise par terre en jupe avec un collant, les genoux relevés (je précise parce que c'est important)", décrit-elle dans un long texte qui relate étape par étape une situation révoltante.

Arrive alors "un type qui se plante à quelques mètres de moi et qui me regarde fixement d'un air agressif". Elle lui demande s'il a un problème, l'homme la toise de haut en bas et lui lance : "c'est vous qui avez un problème, assise comme ça, vous êtes indécente". Elle rétorque : "Partez monsieur", et lui d'insister "il y a des enfants, vous n'avez pas honte ?".

Sur le réseau social, elle précise : "j'étais en haut d'une impasse piétonne vide dans le 20ème, en train de prendre le soleil devant un parc, en jupe et collants noirs, les genoux repliés devant moi et les mains sur les genoux dans une posture qu'on pourrait qualifier d'assise normalement par terre". Pourtant, la scène est loin d'être finie.

Julie Henches ne compte pas "céder à ses intimidations", explique-t-elle, ni "lui faire le plaisir de me lever et de partir". Alors, elle lui demande s'il est de la police. "Là, le type me dit oui je suis de la police municipale et vous allez avoir des problèmes". Mensonge éhonté ou abus de pouvoir, dans les deux cas, la réponse a de quoi indigner.

"Je tremble de rage, je me mets à pleurer"

Il continue, s'approche d'elle et lui répète qu'elle devrait "avoir honte". Julie Henches tient bon, lui demande sa carte pour la prendre en photo, il lui montre brièvement et s'éclipse en lui disant qu'il va enfiler son uniforme. "Une femme qui a vu toute la scène s'approche de moi et me dit 'vous laissez pas impressionner par les brutes, j'ai tout vu, vous étiez pas nue, il n'a pas le droit de vous dire ça. vous inquiétez pas, il ne va rien vous faire'. je tremble de rage, je me mets à pleurer."

Lorsque l'agent revient, il est accompagné de collègues. Il réitère ses propos. La jeune femme se rassoit pour prouver qu'elle n'était pas assise de manière "indécente" comme il le martèle à l'assemblée, l'accusant même d'"exhibitionnisme". "Ils me disent ok ok ça a l'air d'aller comme position. Ils m'expliquent qu'il a dû trouver ça pas très approprié. Je leur demande s'ils trouvent ça normal que leur collègue s'en prenne à une femme assise à l'entrée d'un parc et qui n'a rien demandé. Ils changent de discours : l'un des deux reconnaît que c'est 'une erreur d'appréciation."

Des policiers appelés par Julie Henches débarquent. De nouveau, elle doit montrer la façon dont elle se tenait à terre afin que les forces de l'ordre constatent qu'elle dit vrai. "C'est un sketch", lâche-t-elle en ligne. De nouveau, on ne met pas sa parole en doute, mais on qualifie le comportement de l'agent de "pas approprié". "Je voulais m'entendre dire par ses collègues que son comportement n'était pas normal. Je leur ai demandé s'ils étaient en train de légitimer son comportement. Et là, quand ils ont entendu cette question, ils se sont rétractés et m'ont dit que non", détaille-t-elle auprès du HuffPost.

Un témoin vient la soutenir, elle finit, après deux heures d'altercation par partir.

"Conditionnée au bon vouloir du regard des hommes"

Interviewée par Aufeminin, elle commente : "Sur le coup, j'étais sous le choc face à cet homme, une autorité morale représentant la mairie de Paris. La société continue à nous rappeler qu'en tant que femmes, on n'est pas légitimes dans l'espace public. On a le droit d'y être mais au conditionnel."

Une analyse qu'elle développe également sur Twitter : "Ce que cette histoire montre, c'est à quel point la place des femmes dans l'espace public est toujours conditionnée au bon vouloir du regard des hommes - une bonne femme est une femme qui ne stationne pas (...), mais qui va d'un point a à un point b. A partir de la puberté, pas le droit de s'asseoir et de prendre le soleil innocemment dans la rue, on ne sait jamais quelle pudeur on va choquer."

Au HuffPost, elle ajoutera également avoir eu peur de l'homme. De plus, "le fait qu'il me dise qu'il est de la police, qu'il va revenir avec son uniforme et qu'il va appeler des collègues, c'est flippant parce qu'en tant que femme, on ne sait pas forcément si notre parole va être entendue par la police".

Des mots qui résonnent auprès de nombreuses filles et femmes, et deviennent rapidement viraux. Devant l'ampleur, les adjoint·e·s d'Anne Hidalgo ont pris contact avec la jeune femme et le maire du 20e arrondissement Eric Pliez a condamné "fermement les propos et actes" de l'agent. "La gravité de ces comportements intolérables entraînera sans délai les actions nécessaires", affirme-t-il.

Une enquête interne a depuis été ouverte, confirme le média, et l'équipe municipale a assuré à Julie Henches que la formation sur les violences sexistes et sexuelles auprès de la future police municipale sera renforcée. Si l'agent (affilié aux parcs et jardins de la ville et chargé de la sécurité) est reconnu coupable, s'en suivra un blâme ou dans le pire des cas, une révocation.

"D'une façon générale, il y a une nécessité de former tous les agents de la ville - aussi bien les futurs policiers municipaux que les agents en tout genre - au harcèlement", appuie Nicolas Nordman, adjoint à la maire de Paris en charge de la sécurité et police municipale.

Une réaction "rassurante" et "proportionnée" de la part des pouvoirs public, estime l'activiste, qui, elle l'espère, donnera suite.