J'ai testé pour vous : se couper les cheveux soi-même

J'ai testé pour vous : se couper les cheveux soi-même
J'ai testé pour vous : se couper les cheveux soi-même
Par ennui ou souci du détail, nombreux·se·s sont les confiné·e·s qui transforment leur salle de bain en salon de coiffure improvisé. Après quinze jours et une frange qui frôlait mes pommettes, j'ai aussi tenté l'aventure.
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Partout sur Internet, on nous assène de réflexes que les femmes devraient adopter pour rester "au top" pendant le confinement. Exercices, épilation, maquillage, soins, être créative, se lancer dans des recettes ultra-saines et équilibrées : le programme est chargé. Et rien que la liste file des maux de tête. Ajoutez à cela le télétravail et - pour certaines - la garde des enfants qu'on planquait jusque-là à l'école tous les matins, un sourire de soulagement au coin des lèvres, et la coupe est pleine.

Avant toute chose, soyons clair : on ne doit à personne de correspondre aux standards de beauté, ni aux attentes irréalistes de la mère parfaite. Et surtout pas en ce moment. Les femmes aussi ont le droit de bosser en jogging gris, affalées dans le canapé, si elles le souhaitent. Ou de Sophie Fontanel-iser leur chevelure, après s'être rendu compte que ce n'est pas seulement pour leur propre plaisir qu'elles camouflent leur "blandeur" en temps normal. Le confinement a le don - bien tristement - de démasquer ces rituels qu'on suit davantage pour ceux qui croisent notre chemin, et la société qu'ils dirigent, que pour notre bien-être.

Et à côté de ça, il semble aussi juste d'avancer que, parfois, les astuces beauté nous donnent envie, sincèrement. Il arrive que l'on se passionne pour la concoction maison d'un masque au miel qui rend la peau douce, sans pour autant répondre aux pressions du patriarcat, et continuer de les dénoncer. On peut se ruer sur une séance de yoga avec pour seule motivation le besoin de se dépenser, et non celui d'être mince et musclée à tout prix. C'est d'ailleurs mon cas.

D'une part, je m'insurge face aux injonctions que nous subissons, mes semblables et moi-même, et de l'autre, je suis adepte du top body challenge et des tartes aux pommes faites maison. Un paradoxe pour certain·e·s, qui traduit simplement une précieuse liberté de choix. Et qui explique pourquoi j'ai choisi de ne pas laisser mes cheveux dans un sale état.

Trois mots : allez-y molo

Dans la veine beauté homemade qui circule en ligne depuis deux semaines, il y a donc le rafraîchissement capillaire en solo. Un passe-temps auquel je me prêtais il y a quelques années, mais que j'ai abandonné dès que l'occasion-slash-une augmentation s'est présentée. Non sans soulagement. Il faut dire que mes mèches de devant ressemblaient davantage à un escalier en colimaçon qu'à un dégradé élégant. La seule partie que j'ai continué à couper moi-même, c'est ma frange. Les coiffeur·se·s avaient le coup de ciseaux facile, et je me retrouvais rapidement avec la même tête que Karadoc quand j'avais montré Jeanne Damas. Problématique.

Tout ça pour dire que mes mains n'étaient pas totalement novices quand je me suis attaquée à mes pointes, ce dimanche 29 mars. Et que cela a sûrement contribué à booster ma confiance en moi, rendant mon geste plus sûr et le résultat moins catastrophique - ça, ou l'intervention de mon compagnon, mais nous y viendrons plus tard. Il est d'ailleurs facile de baisser les bras. Il n'y a qu'à lire les conseils de Jonathan Van Ness, vedette du programme Queer Eye et visagiste de talent, qui incite vivement à rebrousser le chemin de sa salle de bain. "Ne le faites pas", implore-t-il devant un Jimmy Fallon hilare. N'écoutant que mon courage, j'ai bravé les recommandations du professionnel.

Je me revois encore, installée devant le miroir, au-dessus du lavabo. Comme je n'ai pas de matériel adéquat, j'utilise ces bons vieux ciseaux de cuisine (nettoyés au préalable) qui ont dû servir à ouvrir une brique de soupe courgette-basilic quelques heures plus tôt. Je commence par le plus important, mais aussi la partie que je maîtrise le plus : la frange. J'aime la porter "rideau", pour qu'elle se fonde dans la masse. C'est plus facile, pas besoin d'être trop précise.

Je coupe les mèches du milieu droites, à peu près à hauteur de sourcils, sans trop tirer sur le cheveu. Ensuite, les mèches latérales. Plus délicat, le souvenir du colimaçon remonte. J'essaie de ne pas être trop franche dans mes gestes, généralement c'est là que je rate. Ah oui, détail de taille : j'opère sur cheveux secs, pour avoir un aperçu de la longueur réelle. Je coupe une mèche à hauteur de l'extrémité de mes sourcils, une au niveau des yeux, une autre vers la mâchoire. Jusque-là, tout va bien.

Vient ensuite l'heure des pointes. Pour pimenter l'expérience, je me lance dans un léger dégradé. J'ai vu des vidéos sur YouTube qui avisent de couper légèrement à la verticale, pour éviter un effet trop lourd. Je m'y attelle, sûre de mon talent. Un peu trop d'ailleurs. Une mauvaise évaluation des distances me fait remonter plus haut que prévu. Plutôt qu'un élagage de 2 cm, j'en ai perdu 5, au bas mot. C'est le drame. Pas tant en termes de longueur que d'incertitude sur la suite des événements : je n'ai aucune idée de comment rattraper le coup. Je tente d'égaliser en suivant la même technique, mauvaise idée. Johnathan Van Ness avait raison : j'aurais dû attendre de retrouver des mains expertes.

Heureusement, et car je sais qu'à ce stade de l'article, le suspense est à son comble, mon co-confiné rentre à ce moment-là d'une mission ravitaillement, durant laquelle il a même réussi à mettre la main sur une douzaine d'oeufs et un paquet de farine, ce héros. Voyant la détresse (minime, mais détresse tout de même) sur mon visage, il accepte de m'aider. Ni une, ni deux, il s'empare de l'outil et taille droit sans sourciller. Le trou a disparu, comme tous les cheveux que je tentais de sauver. Je suis devenue l'heureuse propriétaire d'une coupe d'enfant (sage) de huit ans : frange finalement trop courte et longueur bâtarde, aux épaules.

Si je dois faire le bilan de mon expérience, je dirais que le résultat est très satisfaisant compte-tenu de mes compétences. Mes cheveux ont repris un peu de vigueur, je vois à nouveau devant moi et je ne pleure pas à chaque fois que je croise mon reflet dans le miroir. Un bon point, donc. Pour le reste, je serai honnête : rien ne vaut le professionnalisme des salons. Que je visiterai aussitôt la quarantaine envolée, pour rendre à ma crinière un mouvement de qualité. Et un style moins basique.

Quelques conseils de base pour se couper les cheveux soi-même :

Avant la coupe :

  • Pour agir dans les meilleures conditions, mieux vaut choisir de couper sur cheveux secs et démêlés. On peut ainsi avoir idée du résultat final, et éviter les mauvaises surprises.
  • Toujours se placer devant un miroir assez éclairé, pour les mêmes raisons, et poser une feuille de sopalin dans le lavabo pour ne pas boucher les tuyaux avec ses cheveux (ça sent le vécu).

Pendant la coupe :

  • Surtout, pas de hâte. Vous avez de toutes façons le temps, alors faites-en bon usage.
  • Privilégiez un style facile, qui ne nécessite pas trop de savoir-faire.
  • Divisez votre masse en deux, et glissez chaque partie sur le devant de vos épaules, insiste Refinery29.
  • Débarrassez-vous des fourches qui nuisent à la santé de votre crinière, en opérant de façon diagonale ou verticale, selon l'effet que vous souhaitez obtenir.
  • N'hésitez pas à trouver de l'aide en ligne, ce ne sont pas les tutos qui manquent.
  • Et puis ne paniquez pas, ce ne sont que des cheveux.

Après la coupe :

  • Place aux soins et au séchage. Filez sous la douche pour profiter d'un masque nourrissant que vous laisserez poser plusieurs minutes, afin d'hydrater en profondeur.
  • Ensuite, munissez-vous d'une brosse ronde pour davantage de mouvement, et du sèche-cheveux pour parfaire le résultat.
  • Ou remettez-vous en à l'air libre, c'est selon.

Il n'y a plus qu'à. Mais avant toute chose, pas de pression. Rappelez-vous que d'ici à ce qu'on sorte de là, carnage ou réussite, ça aura repoussé.