6 façons de "bien échouer" par la géniale Elizabeth Day

Jessica Day dans la série New Girl
Jessica Day dans la série New Girl
Dans son best seller "L'art d'échouer", l'autrice et podcasteuse américaine Elizabeth Day délivre une étude aussi personnelle qu'ingénieuse de l'échec. Avec dérision et bienveillance, elle nous explique comment lui faire face. Et même qu'il est question de Robert Pattinson.
A lire aussi

"L'échec est l'épice qui donne sa saveur au succès", théorisait l'écrivain Truman Capote. C'est ce même adage que prolonge l'autrice, journaliste et podcasteuse à succès Elizabeth Day avec son fabuleux best-seller enfin traduit aux éditions Belfond : L'art d'échouer. Non pas qu'échouer soit tout un art, non, mais se servir de nos échecs pour aller de l'avant en est un. En s'attardant sans pudeur aucune sur ses propres "fails", du plus (faussement) anecdotique au plus intimiste, Day déboulonne avec pertinence la notion de "réussite".

Échouer en amitié, en amour, en sport, au travail... Rien n'échappe à cette experte du ratage. Au gré de chapitres où s'enlacent confessions perso et anecdotes de stars (Elizabeth Day a rencontré tout le gratin hollywoodien), l'autrice assume avec dérision ces flops qui constituent sa vie, nos vies. Car l'échec permet de tout brasser : les injonctions à la féminité et le burn out, les pressions inhérentes au célibat et les "ruptures d'amis".

Des déceptions ? Peut-être, mais aussi une philosophie : la "possibilité d'échouer" est propre à toutes comme à tous et elle n'a rien d'une honte, loin de là. Au contraire, elle est source d'apprentissages. Reste alors cette question largement approfondie : comment donc affronter l'échec ? Réponse en six mantras.

Ne pas avoir peur de "miser gros"

Loin du banal manuel de développement personnel, L'art d'échouer permet à Elizabeth Day de coucher sur papier ses doutes intérieurs et désillusions professionnelles. Des expériences loin d'être exceptionnelles. La podcasteuse y évoque notamment ses débuts en tant que journaliste. Passionnée, elle n'osait refuser aucun sujet et privilégiait une implication aussi totale... qu'éreintante. Grosse fatigue à l'appui. Or, cette implication est synonyme de manque de confiance, d'auto-dépréciation et de (gros) complexes.

Car si l'on en croit une récente étude du Harvard Business Review évoquée par l'érudite, les femmes salariées accepteraient plus souvent "des tâches ingrates" que leurs confrères et auraient tendance à dire "oui" 76 % du temps, contre 51 % pour leurs homologues masculins. Cette mésestime de soi intériorisée a pour effet une accablante charge mentale. L'épuisement (mental et physique) qui en émane, et la peur persistante de mal faire, donnent volontiers l'impression que l'on tourne en rond, assaillie par les pressions et les appréhensions.

Or, la soluce serait "de prendre tous ses jetons et de les miser sur soi-même". S'accorder une légitimité est un bon début lorsque l'on se sent en échec. "Quand on s'estime et qu'on s'accorde de la valeur, il y a plus de chances que les autres fassent de même. Plus on mise gros, moins on se sent petit", achève l'autrice.

Ne pas se fier (qu') au regard d'autrui

Pas facile facile cependant de croire en soi quand le regard d'autrui vous épie, vous étouffe. Même lorsque celui-ci n'a rien de malveillant d'ailleurs. Pour respirer un peu, l'idéal reste de s'en détacher. Que ce soit au taf, ou en amour. De ses relations passées, Elizabeth Day retient bien des chagrins. Mais aussi une certitude, fracassante : "j'ai appris à être plus claire sur ce que je veux, et la clarté ne peut venir que de moi. Je dois avoir confiance dans le fait que j'ai les réponses en moi, je dois juste prendre le temps de les trouver et ne pas chercher quelqu'un qui me complète, qui offre une réponse toute faite à une question informulée".

Lorsque les remarques d'autrui vous font sentir au plus bas, brandir cette forme d'autonomie de la pensée n'a donc rien de dérisoire. Car c'est aussi une réponse à toutes les injonctions que l'on vous force à avaler sans broncher. "Il n'y a personne sur cette vaste planète qui peut mieux me comprendre que moi-même. Vivre en fonction de ce que les autres peuvent penser de nous, c'est céder le contrôle sur ce que nous sommes. C'est déléguer la perception de soi à des inconnus qui ne nous connaissent pas", poursuit l'autrice.

Cependant, rien d'utile à être sur la défensive. "C'est une perte d'énergie d'ériger des remparts contre des armées qui n'existent pas encore", explique à juste titre la podcasteuse. Là est la justesse d'Elizabeth Day, qui au fil d'exemples concrets ne fait pas tant un éloge de "l'empowerment" et du "girl power" plein d'assurance, mais, au contraire, invite à accueillir les contradictions. Et les failles. "La vraie force ne s'acquiert qu'en assumant sa vulnérabilité, et en exprimant ses émotions d'une manière sincère, calme et puissante", dit-elle.

Etre pleinement dans le présent

Et la meilleure façon d'accueillir cette entièreté est encore de ne pas être obnubilé·e par les flops d'hier. En bref, de vivre au présent, sans s'alourdir des regrets. D'où le mantra qui lévite sur l'ouvrage : "échouer vite, échouer souvent". Un adage qui nous renvoie aux mots de Samuel Beckett : "Échoue encore. Échoue mieux". Une philosophie démocratisée au sein du monde – majoritairement testostéroné - de l'entreprise, observe non sans ironie l'écrivaine. Comme si la "philosophie start up" était indissociable d'un certain culte de l'échec.

Or, plus qu'un slogan vide pour businessman, ces mots mettent l'accent sur l'importance de la persévérance. Ce que synthétise avec clarté le coach sportif de notre narratrice entre deux échauffements : "Ton problème, c'est qu'à chaque fois que tu rates un coup, tu t'enterres sous une tonne de dégoût de soi dont tu n'arrives pas à ressortir. Il faut que tu évacues la frustration et que tu penses au coup suivant". Des conseils qui peuvent s'appliquer à bien des situations. Ou des vertus du sport sur notre épanouissement personnel...

Comme le sport, la vie implique un être-au-présent, dans l'immédiat. Tous deux peuvent s'apparenter à une lutte, qui muscle autant qu'elle essouffle. "Appréciez les petites choses, les petites joies. Remplissez-vous de bonheur, remplissez votre coeur, ensuite vous pouvez vous battre", recommande L'art d'échouer. Des "tips" testés et approuvés par l'autrice : "Je vivais davantage dans l'instant qu'auparavant, j'étais pleinement dans le présent, parce que pour la première fois de ma vie j'étais incapable d'anticiper ce qui allait arriver".

Penser (très fort) à Robert Pattinson

Des célébrités, Elizabeth Day en cite plein dans son livre, journalisme et podcast obligent. Comme Phoebe Waller-Bridge, la géniale créatrice et protagoniste de la série Fleabag, qui est parvenue à apprivoiser sa colère (cette émotion révolutionnaire) pour en faire une source de création. Mais aussi la pauvre Gwyneth Paltrow, dont notre narratrice ne valide que peu le train de vie, testé et (pas) approuvé : "en 2015, Gwyneth Paltrow a recommandé une bonne aspersion de vapeur d'eau sur l'entrejambe pour préserver l'utérus et équilibrer les hormones. "C'est une libération d'énergie", déclarait-elle sur le site Goop. Mais pour moi, ça a surtout libéré des coulées de sueur le long de mes cuisses tandis que le rideau de douche se plaquait contre ma peau !".

Mais de toutes les stars évoquées, l'on retiendra surtout une rencontre avec Robert Pattinson. Le contexte est simple : la journaliste échange avec le jeune comédien dans le cadre de la promo du film Good Time. Mais elle a le moral dans les chaussettes, car son petit ami l'a plaquée la veille. Une situation qui ne laisse pas l'acteur de The Lighthouse indifférent. Après avoir avoué que lui aussi ne se sentait pas au mieux ("Désolé, je suis à l'ouest, j'ai l'impression d'être à la ramasse"), Pattinson explique alors qu'être populaire ne fait qu'exacerber vos doutes.

"Ça devient dangereux quand vous n'avez pas d'amis et que vous commencez à vous dire : 'Oh, si j'arrive à faire en sorte que des inconnus m'aiment, ça comblera ce vide.' Et puis vous vous apercevez que ça ne comble rien du tout, et vous devenez dix fois plus dingue", confesse-t-il. Bref, Elizabeth Day le comprend vite : Robert Pattison est "un homme d'une beauté fulgurante et néanmoins mal dans sa peau". De quoi prendre un peu de recul sur sa vie, non ? "Je me souviendrai toujours du jour où j'ai interviewé Robert Pattinson", conclut-elle. Et nous donc...

Câliner le Taoïsme

C'est d'ailleurs sous couvert de ce relativisme bienvenu qu'Elizabeth Day décoche les principales leçons de son Art d'échouer (sous-titré "Quand rien ne va plus, c'est que tout va bien"). A savoir, que "nous existons séparément de nos pensées". Et que le point de vue que nous portons sur les choses ne sont finalement qu'une question... de point de vue, justement. Et surtout d'attitude. "La réussite et l'échec sont une seule et même chose : c'est notre réaction aux événements qui les rend positifs ou négatifs", affirme la spécialiste des échecs.

Et pour appuyer ses propos, Day revient sur sa rencontre riche d'enseignements avec l'écrivain américain James Frey. Très sensible aux concepts du taoïsme établis par Lao Tseu, l'auteur retient de la philosophie chinoise un véritable changement de paradigme, propice à bousculer notre confort de pensée trop occidental : "si on met l'ego de côté, il n'y a pas vraiment de différence entre le succès et l'échec. Ils font tous les deux partie d'un processus. Il ne faut pas regarder l'échec comme quelque chose de terrible, il est simplement, point, de même qu'il ne faut pas considérer le succès comme quelque chose de formidable, il est simplement, point".

Suivant ce constat, il n'appartient qu'à nous de définir les sommets et décadences de nos vies.

"L'art d'échouer", le best seller d'Elizabeth Day.
"L'art d'échouer", le best seller d'Elizabeth Day.

Faire quelque chose de l'échec

Loin de sublimer l'échec, Elizabeth Day délivre un discours aussi pragmatique qu'un jour de pluie : nous sommes toutes et tous dans le même bateau, alors à quoi bon ajouter du sel sur nos plaies ? Plus encore, et si, tout en parlant de nos failles (rien ne sert de les désavouer ad vitam) nous entreprenions de savoir quelles peuvent être leurs heureuses incidences ? Celles-ci pourraient très bien vous étonner. Exemple ? Se remettre d'une relation et d'un mariage foirés n'a pas été aisé pour l'autrice. Mais en vendant sa robe de mariée, elle a pu financer les deux premiers épisodes de son podcast. Une émancipation.

De même, en quittant son CDI, la journaliste ne s'est pas sentie des plus rassurées dans ce monde bouillonnant, où ce contrat fait office de Graal. Ne pas l'avoir, c'était échouer. Or, elle ne s'est jamais sentie aussi libre qu'en devenant freelance. "Ce que l'on prend pour un échec peut donner naissance à une belle opportunité, mais il faut souvent du temps pour le reconnaître et trouver le courage de faire le grand saut", affirme-t-elle.

Si ces réflexions ne nous guérissent pas de notre anxiété (il n'y a pas de remède magique), elles esquissent cependant d'intéressants horizons. Quel sens donner à tous ces échecs qui nous affligent ? Notre propension - volontiers imparfaite - à "tenter d'exprimer tout notre potentiel" et "expérimenter dans différentes directions plutôt que de nous contenter de la répétition d'une émotion déjà connue", s'exerce encore à décrypter l'écrivaine. Vous l'avez compris, n'y a pas de bon ou de mauvais échec. Mais une conviction : "nous apprenons en faisant".

De ce captivant ouvrage, l'on retiendra encore un dernier adage : cette idée selon laquelle les "fails" sont, au fond, comme des crises. "Elles vous dépouillent de vos certitudes et vous projettent dans le chaos", admet l'autrice. Avant d'ajouter, le regard plein d'espoir : "La seule façon d'y survivre est donc de se soumettre au processus. Et quand on ressort dans la lumière, un peu hébété, il faut reconstruire ce qu'on croyait savoir sur soi".