Êtes-vous trop exigeante en amour ?

Comment savoir si je suis trop exigeante en amour ?
Comment savoir si je suis trop exigeante en amour ?
Les rencards se suivent et ne se ressemblent pas. Pourtant, on trouve toujours un truc à redire. Trop égocentrique, trop bavard·e, pas assez empathique, pas assez fan de "Star Wars"... Dur dur de nous plaire. Est-on trop exigeante ?
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Les expert·e·s sont formel·le·s : les applis de rencontre et le choix qu'elles proposent nous ont rendu·e·s trop difficiles. On en veut toujours plus, ou moins, on ne sait pas vraiment ce qui ne va pas mais on est sûre de pouvoir faire mieux. Parfois, c'est la façon dont il mange qui nous énerve, une autre celle qu'elle a de se toucher les cheveux dès qu'elle parle, une autre encore, sa manie de toujours tout ramener à sa passion pour les trains. Et pas n'importe lesquels : les wagons destinés à l'acheminement de marchandises outre-Manche au XXe siècle. Niche.

Bref, on finit par devenir aussi insatisfaite de nos dates que du banana bread immangeable qu'on a pondu un triste dimanche de confinement. Notre palais se souvient encore du résultat et notre four aussi : dur comme de la pierre. Et apparemment, comme notre coeur.

A force de se lamenter auprès de nos potes dans un groupe WhatsApp désormais officieusement dédié à nos déboires amoureux, de leur dire qu'on ne trouvera jamais personne et qu'on finira seule bouffée par... pas des chats (eux aussi, les fourbes, nous auront abandonnée), on a eu droit à une intervention. Des paroles douces, puis franches et directes qui ont ouvert une brèche : celle de notre remise en question.

"Peut-être qu'il faudrait que tu sois plus patiente avec l'autre", a suggéré Lisa. "Ou alors que tu te braques moins à la première faiblesse", a renchéri Jeanne. "Tu sais, tout le monde a des défauts qui insupportent leur entourage...", a lourdement insinué Elsa. "En fait, on n'ose pas te le dire, mais à force d'être exigeante, t'en deviens chiante !", a lâché Cécile, sur la défensive depuis qu'on a chopé son frère. Sans jamais le rappeler. Ni répondre à ses textos de (visiblement) bourré envoyés à 4 heures du mat'.

"En même temps, impossible de sortir avec un type qui porte des socquettes dans ses chaussures bateau", a-t-on pensé secrètement, un soupir snob au bord des lèvres.

Mais soit.

On réfléchit deux secondes, tout dans cette conversation n'est peut-être pas à jeter. D'ailleurs, on se défend depuis toujours de savoir ce qu'on veut, et de ne pas s'abaisser à des standards qui ne nous conviendraient pas. Mais force est de constater qu'après un nombre incalculable de rencards, on se retrouve toujours solo alors qu'on ne cherche qu'à trouver l'âme soeur. Tout ça quand certain·e·s prétendant·e·s semblaient plutôt partant·e·s pour tenter le coup. Et le valoir. Il y a erreur dans l'équation.

Et si... on était effectivement trop "exigeante" ? Trop bornée pour envisager de passer au-delà de certains critères jugés rédhibitoires pour on-ne-sait plus quelles raisons, et qui pourraient en fait cacher quelqu'un de chouette ? Rien à voir avec un comportement toxique qu'on aurait flairé à dix kilomètres : on parle plutôt de ce réflexe qu'on a de s'arrêter sur des broutilles (physiques ou rhétoriques) qui nous auraient agacée.

On met le doigt sur un point pertinent. Heureusement pour nous, il y a des solutions à ce schéma pas vraiment positif, voire carrément nocif.

Quelle différence entre critères sains et exigence excessive ?

Avant tout, on pose les bases : il ne s'agit en aucun cas d'encourager qui que ce soit à accepter tout ce que l'autre fait, aux dépens de son propre bien-être. Il est nécessaire de connaître ses limites, de savoir ce qui est bon pour soi. Par ailleurs, c'est aussi indispensable de différencier cette auto-protection essentielle et cette volonté de trouver une personne qui nous correspond sur beaucoup de plans, d'une exigence peu bénéfique. Interrogée par le média américain MindBodyGreen, la psychologue Paulette Sherman sépare ainsi les "standards" des "attentes irréalistes", qui, elle l'assure, mènent à la déception.

"Les attentes portent sur la façon dont vous espérez que l'autre personne réagira, et les standards portent davantage sur la connaissance de soi et le fait de prendre soin de soi", explique-t-elle. "En tant que tels, ces standards raisonnables reflètent vos propres valeurs dans une relation. Ils découlent de ce que vous êtes et de la façon dont vous voulez vivre votre vie. Il s'agit souvent d'un principe général comme l'honnêteté, la loyauté ou le respect de la parole donnée".

Même son de cloche chez Madeleine Mason, psychologue des rencontres, qui développe auprès de The Independent : "Les standards élevés se réfèrent au respect des principes de bonnes manières dans une relation : le respect, l'honneur et l'authenticité envers soi-même et les autres et attendre le même comportement en retour. Être exigeante, en revanche, fait référence à une position de choix ou de rejet basée sur un ensemble étroit de valeurs ou d'attributs." Cf. les trains, les socquettes et les chaussures bateau. Et la psy d'analyser : "Tout le monde n'est pas difficile, seulement ceux et celles qui, au fond, ont peur de s'ouvrir". Touchée.

Concrètement, comment savoir si l'on est trop exigeante ?

Pas sûre de correspondre à la description ? Certains comportements caractéristiques trahissent notre manque d'indulgence dans le domaine.

Le fait que ce qu'on trouve à redire soit essentiellement porté sur l'apparence, déjà, et qu'on se concentre sur des détails plutôt insignifiants quand on y repense. Qu'on ait du mal à passer le stade du second rendez-vous, aussi, et qu'on s'attèle quasi systématiquement à une liste méticuleuse de "pour" et "contre" un prochain date à la fin du premier. Qu'on veuille le beurre et l'argent du beurre - sans se remettre soit même en question une minute - et une histoire d'amour digne des pires téléfilms de Noël d'M6 (on vous voit). Ou encore qu'on laisse peu de chance à quelqu'un·e qui ne collerait pas parfaitement avec notre idéal fantasmé.

Mais ça se soigne.

Comment changer ?

En parlant de chance justement, l'expert en relations James Preece assure à The Independent que c'est sur ce sujet qu'il faut bosser. Ça, et réussir à se laisser un peu plus aller à découvrir l'autre au-delà de son physique et de quelques défauts peu révélateurs de sa valeur.

"Le grand problème, c'est que ce que les gens disent vouloir et ce dont ils ont vraiment besoin s'accordent rarement", souligne-t-il. "Une relation heureuse est une relation qui se construit sur des valeurs et des intérêts communs autant que sur une attraction physique. L'alchimie peut se développer si vous êtes prête à lui donner une chance".

Il met en cause la société et plus particulièrement les contes de fées : "Certaines femmes sont élevées dans la croyance qu'un jour elles seront emportées par un prince magnifique. Elles vivront heureuses pour toujours... ce qui est bien sûr complètement irréaliste." Le spécialiste le répète, si exclure certaines personnes est tout à fait normal, rester bloquée sur des détails plutôt que de se fier à une impression générale ne fera "qu'entraîner une série de premiers rendez-vous infructueux".

A la place, on laisse tomber notre liste de qualités, et on suit un peu plus notre intuition. Surtout, on se rappelle de l'essentiel. Est-ce qu'on se sent bien en sa présence, respectée, traitée d'égale à égal·e, en sécurité ? Est-ce qu'il·elle nous fait rire malgré la gêne inévitable des débuts ? Est-ce qu'on est naturelle ? Est-ce qu'on a le sentiment qu'on pourrait s'entendre sur les grandes lignes de nos convictions personnelles ? Si la réponse est oui, alors on aurait tort de ne pas creuser.